Reconstituer l'ordre dans lequel des structures et des événements géologiques se
sont succédé, à partir de leurs seules relations géométriques et de leur contenu paléontologique,
sans qu'aucun âge ne soit mesuré.
1Les trois principes de la chronologie relative
Comment chacun des trois principes ordonne-t-il des objets géologiques, et
jusqu'où s'applique-t-il ?
Une première approche du temps en géologie consiste à étudier la géométrie entre
éléments géologiques (strates, roches, failles, plissements) afin de dater la mise en place de
ces éléments les uns par rapport aux autres : on parle de datation relative. L'âge des structures
n'est pas déterminé ; on détermine l'ordre de leur formation. Trois principes suffisent à
ordonner les objets d'un même affleurement. Chacun est établi ci-dessous sur une figure qui ne
met en jeu que lui, et suivi des situations dans lesquelles il cesse de s'appliquer.
Le principe de superposition
Énoncé
Dans une série sédimentaire peu ou pas déformée depuis son dépôt, toute strate est plus
récente que celle qu'elle recouvre, et plus ancienne que celle qui la recouvre.
Le principe s'appuie sur deux propriétés du dépôt sédimentaire : les couches
se déposent en lits sensiblement horizontaux, et chacune s'étend latéralement jusqu'à une limite
du bassin. Il ne porte que sur des strates sédimentaires, et il n'ordonne que des strates
appartenant à un même empilement.
Étape 1 sur 5
Limites du principe de superposition
La série doit être encore dans sa position de dépôt. Un basculement tectonique, flanc
inverse d'un pli couché ou panneau charrié, peut renverser l'empilement : le principe, appliqué
tel quel, donne alors l'inverse de l'ordre de dépôt. Le géologue vérifie donc la polarité de la
série au moyen de figures acquises au moment même du dépôt, comme le granoclassement d'un banc
ou les fossiles conservés en position de vie.
Une couche de l'empilement n'est pas nécessairement une strate. Un filon-couche, injecté entre
deux strates après leur dépôt, est plus récent que toutes celles qu'il traverse : il a
développé une auréole de métamorphisme de contact à son mur comme à son toit, et il recoupe
localement les couches pour passer d'un niveau à l'autre. Une coulée volcanique
interstratifiée, en revanche, s'est épanchée à la surface pendant le dépôt : le métamorphisme
de contact n'affecte que le terrain sur lequel elle repose, son toit porte les traces d'une
altération, et le principe s'y applique.
Le principe donne un ordre, non des durées. La surface qui sépare deux strates peut
correspondre à une interruption de la sédimentation dont aucune roche n'a gardé la trace : deux
couches superposées ne sont pas nécessairement d'âges voisins.
Le principe de recoupement et d'affectation
Énoncé
Toute structure qui en recoupe une autre lui est postérieure ; toute déformation qui en
affecte une autre lui est postérieure.
Le principe se décline ainsi en deux formes, selon la nature de l'objet
daté. Le recoupement vaut pour un objet qui en traverse ou en tronque un autre : filon,
pluton, plan de faille, surface d'érosion. L'affectation vaut pour une déformation qui en
déplace ou en déforme un autre : plissement, jeu d'une faille. Dans les deux cas la relation
s'enchaîne : si le filon recoupe la faille et si le jeu de la faille affecte les strates, les
strates sont les plus anciennes des trois.
Étape 1 sur 6
Limites du principe de recoupement et d'affectation
L'affectation ne date que le dernier jeu de la structure. Une faille peut rejouer.
Le rejet mesuré dans les strates les plus anciennes est alors plus grand que celui mesuré dans
les plus récentes, et c'est cette différence de rejet qui révèle que plusieurs mouvements se
sont succédé.
Un contact ne se lit pas à lui seul. Un granite en contact avec des strates peut les
recouper, et leur être postérieur, ou constituer un socle érodé sur lequel elles se sont
déposées, et leur être antérieur. Ce sont les observations faites de part et d'autre du contact
qui tranchent : auréole de métamorphisme de contact, enclaves de l'encaissant et filons issus du
massif dans le premier cas ; surface d'érosion et conglomérat à galets de granite à la base de
la série dans le second.
Le principe donne un ordre, non des durées. Rien ne dit combien de temps sépare la
formation de la structure recoupée de celle qui la recoupe.
Le principe d'inclusion
Énoncé
Toute inclusion est plus ancienne que la structure qui l'entoure.
Une inclusion est un fragment d'une roche préexistante, entouré de toutes parts
par la roche qui l'a englobé : enclave arrachée à l'encaissant par un magma, galet hérité d'un
massif érodé, cristal pris dans un autre cristal.
Étape 1 sur 5
Limites du principe d'inclusion
Ne pas confondre inclusion et recoupement. Un filon, ou un pluton, traverse les
strates de part en part et se raccorde à un corps plus vaste : il les recoupe et leur est
postérieur, il n'y est pas inclus. Une enclave ou un galet est isolé, entouré de toutes parts,
et c'est sa propre structure interne que sa limite tronque.
Un remplissage n'est pas une inclusion. Les cristaux qui garnissent une fissure ou
une cavité de la roche sont enclos dans elle sans lui être antérieurs : ils s'y sont formés
après. Ils se reconnaissent à ce qu'ils sont implantés sur les parois et croissent vers le
vide, et à ce que la limite du remplissage recoupe la roche.
Le principe donne un ordre, non des durées. Entre la cristallisation d'un granite et
le dépôt du conglomérat qui en contient les galets, il a fallu que le massif soit porté à
l'affleurement, érodé, et ses débris transportés : le galet peut être beaucoup plus ancien que
la roche qui l'entoure.
Le même raisonnement à l'échelle de la lame mince
Les relations géométriques s'établissent à toutes les échelles d'observation. Dans
une lame mince de granite observée au microscope polarisant, un cristal de zircon entièrement
entouré par un cristal de biotite est une inclusion : d'après le principe d'inclusion, il est plus
ancien que la biotite, donc plus ancien que la cristallisation du granite. Le halo sombre qui
entoure souvent le zircon dans la biotite résulte de la désintégration de l'uranium que le zircon
incorpore lors de sa formation : il est postérieur au zircon.
Les trois principes ne portent que sur des relations géométriques entre objets
qui se touchent. Ils ordonnent les structures d'un même affleurement, à toutes les échelles,
et n'attribuent aucun âge. Pour comparer des formations qui ne se touchent pas, il faut leur
contenu paléontologique : la partie 5 y vient. La partie suivante les met en oeuvre ensemble sur
une coupe où les trois interviennent.
2Les trois principes à l'oeuvre sur une coupe
Comment l'observation des relations géométriques entre structures géologiques
renseigne-t-elle sur leur âge relatif ?
Les trois principes s'appliquent rarement seuls. Sur un affleurement, ils se
combinent et s'enchaînent : chacun place un événement que les autres n'auraient pas placé, et
l'ordre obtenu vaut ce que vaut la relation géométrique sur laquelle il repose. Ils sont rappelés
ici sous la forme où la partie précédente les a établis.
Principe de superposition
Dans une série sédimentaire peu ou pas déformée depuis son dépôt, toute strate est plus
récente que celle qu'elle recouvre.
Principe de recoupement et d'affectation
Toute structure qui en recoupe une autre lui est postérieure ; toute déformation qui en
affecte une autre lui est postérieure.
Principe d'inclusion
Toute inclusion est plus ancienne que la structure qui l'entoure.
La coupe ci-dessous porte une série sédimentaire, un pli, deux failles, un pluton
granitique et son auréole de métamorphisme de contact, un filon, une surface d'érosion et deux
strates qui la recouvrent : aucun de ces objets ne livre son âge. Chaque étape met en évidence
une relation géométrique et en tire une conclusion ; la colonne de droite range les événements du
plus ancien, en bas, au plus récent, en haut, et nomme le principe qui a permis de les
placer.
Étape 1 sur 9
relation lue par le principe de superpositionrelation lue par le recoupement ou l'affectationrelation lue par le principe d'inclusion
Ne pas confondre inclusion et recoupement. Un pluton
granitique, ou un filon, recoupe les strates qu'il traverse, mais il n'est pas inclus dans ces
strates : le principe qui s'applique est celui du recoupement. L'enclave de cornéenne prise dans
le granite et le galet de granite pris dans le conglomérat sont, eux, de véritables inclusions :
ils existaient avant la roche qui les entoure.
3L'histoire reconstituée
Que faut-il qu'il se soit produit auparavant pour que l'on arrive à la coupe
observée aujourd'hui ?
La lecture des relations géométriques a livré un ordre. Cet ordre se lit à rebours,
du présent vers le passé ; l'histoire, elle, s'est déroulée dans l'autre sens. La même coupe est
ici reconstruite du plus ancien au plus récent : chaque étape ajoute l'événement que la partie
précédente a placé dans la colonne, et le paysage change avec lui.
Étape 1 sur 9
La chronologie relative donne un ordre, elle ne donne ni des âges, ni des
durées. Rien, dans cette coupe, ne dit combien de temps a duré le dépôt de la série, ni
combien de temps s'est écoulé entre la mise en place du pluton et le dépôt du conglomérat qui
contient ses galets. La surface d'érosion représente d'ailleurs un temps qu'aucune roche
n'enregistre ici. Seule la chronologie absolue, par les méthodes de radiochronologie, permet de
chiffrer ces intervalles, et les deux approches se complètent.
4Les séries renversées : la limite du principe de superposition
Comment s'assurer qu'une strate occupe encore la position qu'elle avait au
moment de son dépôt ?
Le principe de superposition ne vaut que pour une série sédimentaire peu ou pas
déformée depuis son dépôt. Des accidents tectoniques peuvent modifier, voire inverser l'empilement
initial des strates. Le géologue recherche alors des critères de polarité, qui sont des figures
enregistrées dans la roche au moment même de son dépôt et dont l'orientation d'origine est
connue : granoclassement d'un banc, fossiles en position de vie, figures de la surface d'une
strate.
Étape 1 sur 5
Le granoclassement. Dans un banc déposé par un courant qui s'affaiblit,
les particules les plus grossières sédimentent d'abord et les plus fines ensuite : le banc est
granoclassé, du grossier à sa base au fin à son sommet. Cette organisation est acquise au dépôt
et ne change plus. Lue à l'affleurement, elle indique donc où était le haut au moment du dépôt,
indépendamment de la position actuelle du banc.
5Corréler des formations de régions éloignées
Comment l'étude des fossiles permet-elle de dater des éléments géologiques
éloignés ?
Les relations géométriques ne s'observent que là où les objets se touchent : elles
ordonnent les structures d'une même région et ne disent rien de deux formations séparées par des
centaines de kilomètres. Or les événements géologiques doivent être comparés d'une région à
l'autre. C'est le contenu paléontologique des strates qui rend cette comparaison possible.
À la fin du XVIIIe siècle, lors du creusement des canaux qui
acheminaient le charbon en Angleterre, William Smith constate que la même succession de strates se
retrouve d'une tranchée à l'autre et qu'il reconnaît chaque strate à son contenu fossilifère. La
nature de la roche, elle, peut tromper : deux strates d'âges différents peuvent présenter la même
lithologie, et une même strate peut changer de lithologie d'un point à un autre. Smith date donc
les strates par leurs fossiles, et non par leur nature.
Le principe d'identité paléontologique
Énoncé
Deux strates possédant le même contenu paléontologique doivent avoir le même âge.
Les fossiles changent au cours des temps géologiques : les formes de vie
évoluent et peuvent disparaître brutalement. La succession verticale des associations de fossiles
est donc la même partout, et elle sert de repère commun à des régions éloignées.
Étape 1 sur 6
Fossiles stratigraphiques
Tous les fossiles ne conviennent pas. Un bon fossile stratigraphique répond à trois critères :
l'espèce doit avoir existé pendant une courte période à l'échelle des temps géologiques,
de l'ordre du million d'années ou moins, ce qui donne à la corrélation sa précision ; elle doit
être représentée par un grand nombre d'individus, pour être fréquente dans les sédiments de
son époque ; elle doit avoir présenté une grande extension géographique, ce qui suppose en
général une espèce marine pélagique, comme les ammonites, ou planctonique, comme les
foraminifères.
Une espèce à longue durée d'existence donne une corrélation imprécise ; une
espèce benthique, à répartition étroite, ne permet pas de corréler des régions éloignées ; une
espèce rare a peu de chances d'être trouvée dans les deux séries.
Le principe de continuité
Énoncé
Lorsque deux strates sont limitées par le même mur et le même toit, elles correspondent à
une seule et unique couche, dont l'âge est identique.
L'érosion peut interrompre une strate. Pour comparer, dans une région donnée,
deux strates qui ne sont pas en continuité, le géologue observe les strates qui les encadrent :
la strate inférieure, ou mur, et la strate supérieure, ou toit.
Étape 1 sur 5
Limites. Des fossiles identiques mais non stratigraphiques
ne permettent pas de comparer l'âge de deux strates. Des fossiles stratigraphiques différents
peuvent se rencontrer dans des strates de même âge : ils indiquent alors, par exemple, des
conditions de milieu différentes. De même, un changement de nature de la roche, de litho-faciès
ou de bio-faciès, ne signifie pas nécessairement un âge différent : il peut marquer le passage
d'un milieu de sédimentation à un autre.
6La région de Flamanville
Comment reconstituer l'histoire géologique d'une région à partir des objets
géologiques observés à l'affleurement ?
La carte et la coupe ci-dessous sont simplifiées d'après la carte géologique de la
France au 1/50 000, feuille Les Pieux, dans le Cotentin. Le massif de Flamanville est un
massif plutonique de la famille des granites, désigné dans les documents scolaires comme la
granodiorite de Flamanville et rangé par la carte du BRGM parmi les monzogranites calco-alcalins.
Il a cristallisé en profondeur et affleure aujourd'hui à la surface. Les observations rassemblées ci-dessous suffisent à
ordonner les événements ; à vous de les employer.
Observations
Les formations sédimentaires, du Cambrien au Dévonien, sont datées par les fossiles
qu'elles contiennent. Leur succession est celle qui est portée sur la légende de la carte.
Les schistes et calcaires de Néhou, du Dévonien, se sont déposés à l'horizontale ; ils sont
aujourd'hui inclinés et plissés, comme toutes les formations plus anciennes.
Une auréole de métamorphisme de contact entoure la granodiorite. Elle dessine un anneau
centré sur le pluton, qui recoupe les limites des formations plissées. Les schistes et les grès
y sont transformés en cornéennes.
Des enclaves de cornéennes sont prises dans la granodiorite.
Des filons de microgranite traversent la granodiorite et les formations encaissantes.
La granodiorite, roche plutonique, a cristallisé en profondeur ; elle affleure aujourd'hui
à la surface, comme les formations qu'elle recoupe.
Les argiles à silex du Sénonien reposent sur une surface qui tronque indifféremment la
granodiorite et les formations sédimentaires plissées.
Les formations récentes recouvrent localement l'ensemble.
Reconstituez la chronologie
Désignez les événements dans l'ordre, du plus ancien au plus récent. Le dernier
choix peut être retiré, et la liste remise à zéro.
Événements à ordonner
Votre chronologie, du plus ancien au plus récent
Aucun événement n'est encore placé.
Correction
La coupe est reconstruite ci-dessous dans l'ordre des événements, du plus ancien
au plus récent. Chaque étape nomme le principe qui a permis de placer l'événement.