Le couplage des deux phases de la photosynthèse : l'expérience d'Arnon (1958)
Arnon sépare le contenu de chloroplastes en deux fractions. La première ne
contient que des thylakoïdes. La seconde est le liquide du stroma. Il associe ensuite ces
fractions, ou des molécules pures, à du dioxyde de carbone marqué au carbone 14. Il mesure enfin
la radioactivité des molécules organiques formées. Toutes les mesures sont faites à
l'obscurité.
La réduction du dioxyde de carbone a-t-elle besoin de la lumière au moment
même où elle se produit ? Ou lui suffit-il des molécules que la lumière a fabriquées
auparavant ?
Ce que l'on sait avant l'expérience
Le dégagement de dioxygène et la réduction du carbone ne sont pas une seule et
même réaction. Des chloroplastes éclairés dégagent du dioxygène en réduisant un accepteur
artificiel, dans un milieu privé de carbone minéral : c'est l'expérience de Hill. Les électrons
arrachés à l'eau sont acceptés par le NADP, qui devient NADPH+H+.
La réduction du carbone, elle, se déroule dans le stroma. Des chloroplastes
éclairés y accumulent de l'amidon. L'autoradiographie y révèle le carbone 14 dans les molécules
organiques formées.
À l'obscurité, la fixation du dioxyde de carbone ne s'arrête pas d'un coup. Elle
diminue progressivement, en quelques secondes : c'est l'expérience de Gaffron. Des réserves
constituées à la lumière semblent donc s'épuiser.
Deux explications restent alors possibles. La lumière intervient peut-être au
moment même où le carbone est réduit. Elle ne sert peut-être qu'à fabriquer d'avance des
molécules que cette réduction consomme. L'expérience d'Arnon départage les deux.
Étape 1 sur 6
fraction des thylakoïdesfraction soluble, le stromadioxyde de carbone marqué au carbone 14molécules organiques formées, qui portent le carbone marquéATPNADPH+H+ADP + Pi et NADP, formes rendues à la phase photochimiqueLa figure n'est pas à l'échelle. Le nombre de molécules dessinées est
celui qui rend les rapports lisibles.
Les conditions et les résultats
Les trois tubes d'incubation et la radioactivité mesurée
Conditions expérimentales
Quantité de 14CO2 fixé dans les molécules
organiques, en coups par minute
1
Stroma laissé à l'obscurité
4 000
2
Stroma laissé à l'obscurité + thylakoïdes
préalablement éclairés
96 000
3
Stroma laissé à l'obscurité + ATP +
NADPH+H+
97 000
Ce que montre la comparaison des trois tubes
Le premier tube donne la référence. Le stroma seul, à l'obscurité, fixe un peu de carbone
marqué. Cette quantité n'est pas nulle. Elle reste vingt-quatre fois plus faible que celle des
deux autres tubes.
Le deuxième tube reçoit des thylakoïdes éclairés avant le mélange. Pendant toute la mesure,
le tube est à l'obscurité. La fixation du carbone y est pourtant massive. La lumière n'agit donc
pas au moment où le carbone est réduit. Elle a agi avant, et sur l'autre fraction.
Le troisième tube ne reçoit aucun thylakoïde. Il reçoit de l'ATP et du NADPH+H+.
La fixation y est aussi forte qu'avec les thylakoïdes éclairés. Ces deux molécules remplacent
donc à elles seules les thylakoïdes éclairés. Elles sont ce que les thylakoïdes éclairés
fournissent au stroma.
La réduction du carbone (phase non photochimique) ne dépend donc pas directement de la
lumière. Elle requiert la participation d'intermédiaires produits au cours de la phase
photochimique, l'ATP et le NADPH+H+. La photolyse de l'eau (phase photochimique)
requiert quant à elle du NADP formé par réoxydation du NADPH+H+ lors de la phase non
photochimique. Les deux phases de la photosynthèse sont liées.
Ce que l'expérience n'établit pas. Elle ne dit pas quelles molécules organiques se
forment, ni dans quel ordre le carbone les traverse : c'est l'objet des expériences de Calvin.
Elle ne dit pas non plus comment l'ATP et le NADPH+H+ se forment dans le thylakoïde
éclairé. Elle établit un seul point, mais elle l'établit sans échappatoire : ces deux molécules
suffisent à faire fonctionner la réduction du carbone dans l'obscurité complète.