Une suspension d'algues vertes en photosynthèse s'écoule à débit constant dans une
tubulure transparente éclairée. À la sortie de cette tubulure, du méthanol bouillant tue les
cellules et arrête toute réaction. Du dioxyde de carbone marqué au carbone 14 est injecté en un
point du parcours. La longueur de tubulure qui sépare ce point du méthanol impose la durée du
contact entre les algues et le traceur. Choisissez ce point à la souris, recueillez l'extrait, chromatographiez-le, puis
comparez les autoradiographies obtenues.
Quel est le premier composé organique formé à partir du dioxyde de carbone, et
dans quel ordre le carbone gagne-t-il ensuite les autres molécules ?
Principe du montage
L'écoulement continu, ou comment imposer une durée de contact
Les premières réactions de la fixation du dioxyde de carbone se comptent en secondes. Dans une
cuve immobile, l'expérimentateur prélève l'échantillon puis le tue. La durée d'exposition dépend
donc de son geste. Elle se règle mal en dessous de quelques secondes, et elle se reproduit
difficilement d'un essai à l'autre. Le montage à écoulement continu lève cette difficulté. Il
convertit la durée d'exposition en une longueur de tubulure. Cette longueur ne dépend plus du
geste de l'expérimentateur.
Une cuve éclairée contient la suspension d'algues vertes unicellulaires en photosynthèse, du
genre Scenedesmus ou Chlorella. Sa forme lui vaut le nom de lollipop. Une
pompe fait s'écouler la suspension à débit constant dans une tubulure transparente enroulée en
serpentin. Cette tubulure est éclairée elle aussi. À la sortie, la suspension tombe dans du
méthanol bouillant. Les cellules sont tuées, les enzymes sont dénaturées et toute réaction cesse.
Le méthanol fait en même temps passer en solution les molécules organiques solubles des algues.
Cette solution est l'extrait que l'on analyse ensuite.
Le dioxyde de carbone marqué est dissous dans l'eau. Il est injecté à la seringue en un point
de la tubulure. Les algues rencontrent le traceur en franchissant ce point. Elles restent
ensuite à son contact jusqu'à leur chute dans le méthanol. Le débit est constant et connu. La longueur de
tubulure comprise entre le point d'injection et le méthanol donne donc la durée du contact.
L'injection est déplacée vers l'amont : cette durée s'allonge. L'injection est déplacée vers
l'aval : cette durée se raccourcit. Une même culture fournit ainsi des échantillons qui
correspondent à des durées de contact différentes, dans des conditions par ailleurs
identiques.
Principe de l'analyse
Le marquage au carbone 14, la chromatographie bidimensionnelle et l'autoradiographie
Le carbone 14 est un isotope radioactif du carbone. Une molécule de dioxyde de carbone qui en
contient participe aux mêmes réactions qu'une molécule de dioxyde de carbone ordinaire. Un effet
isotopique modifie légèrement la vitesse des réactions. Il ne change pas le trajet du carbone. Les
algues fixent donc cette molécule de la même façon. Toutes les molécules organiques construites à
partir d'elle deviennent radioactives. Marquer le dioxyde de carbone, c'est donc marquer le
carbone lui-même, et le suivre dans toutes les molécules où il entre.
L'extrait obtenu dans le méthanol contient un mélange de molécules. Il est déposé sur une
feuille de papier. Cette feuille est développée successivement dans deux solvants différents,
selon deux directions perpendiculaires. C'est la chromatographie bidimensionnelle. Chaque
molécule migre plus ou moins loin selon la façon dont elle se répartit entre le solvant qui
progresse et l'eau retenue par le papier. Le second solvant sépare ensuite, dans la direction
perpendiculaire, les molécules que le premier n'avait pas séparées. Chaque molécule occupe ainsi
une position propre sur la feuille. Cette position est toujours la même pour un même papier et
pour les mêmes solvants.
La feuille est ensuite mise au contact d'un film photographique. Là où se trouvent des
molécules radioactives, le film noircit : c'est l'autoradiographie. Elle ne révèle donc que
les molécules qui ont incorporé du carbone 14. L'intensité de chaque tache mesure la radioactivité
de la molécule qui l'occupe. Les taches ne portent pas de nom. Chacune est identifiée par
comparaison de sa position avec celle de substances témoin, déposées sur d'autres
chromatographies.
Écoulement du tempsTemps de fonctionnement0 s
Point d'injection du dioxyde de carbone marqué
Injection en attente.
Cliquez sur la tubulure, puis faites glisser sans relâcher
pour déplacer le point d'injection le long du serpentin.
Gestes de laboratoire
L'extrait n'est exploitable que si les algues recueillies
ont toutes franchi le point d'injection.
Durées de contact à reproduire
Ces boutons placent l'injection à la distance du méthanol qui donne cette
durée de contact. Ils conduisent ensuite seuls la manipulation, chromatographie comprise.
Algue n'ayant pas rencontré le dioxyde de carbone marqué Algue ayant incorporé du carbone 14 Portion de suspension contenant le dioxyde de carbone marqué Méthanol bouillant
Les points rouges portés par les algues figurent le carbone 14 incorporé dans
leurs molécules organiques. La figure ne dit pas quelles molécules sont marquées. C'est la
chromatographie qui les identifie.
Durée du contact avec le dioxyde de carbone marqué
-
Tubulure entre l'injection et le méthanol
-
Progression de la portion marquée
0 %
Algues recueillies dans le méthanol
0
Résultats : les autoradiographies des chromatographies
Chaque autoradiographie est accompagnée d'une fiche. Cette fiche donne la durée
de contact pour laquelle la plaque a été obtenue, et la répartition du carbone 14 entre les
taches.
Aucune autoradiographie
Aucune autoradiographie pour le moment. Choisissez un point
d'injection, laissez la portion marquée atteindre le méthanol, puis chromatographiez l'extrait.
Répartition du carbone 14 fixé entre les taches
Autoradiographie
Durée de contact
Tubulure
APG
Trioses P
Hexoses P
RuBP
Autres composés
Carbone 14 fixé, u. a.
Ce que montre la comparaison des autoradiographies
Aux durées de contact les plus courtes, la quasi-totalité du carbone 14 fixé occupe une seule
tache, celle du 3-phosphoglycérate. Ce corps à trois atomes de carbone est donc le premier
composé organique décelable formé à partir du dioxyde de carbone. Quand la durée de contact
augmente, le marquage gagne les trioses phosphate, puis les hexoses phosphate dont le glucose
phosphate, puis le ribulose 1,5-bisphosphate. Il gagne enfin des composés plus éloignés dans la
voie, comme le saccharose et les acides aminés. L'ordre dans lequel les taches se marquent donne l'ordre
dans lequel le carbone traverse les molécules.
La part du 3-phosphoglycérate diminue à mesure que la durée s'allonge. La radioactivité de
sa tache augmente pourtant sans cesse. Le 3-phosphoglycérate continue donc de se charger en
carbone 14. Mais le carbone qui le traverse alimente désormais toutes les molécules qui le
suivent. La tache du ribulose 1,5-bisphosphate est la dernière à se noircir. Le carbone de ce
sucre a d'abord traversé le 3-phosphoglycérate, les trioses phosphate et les hexoses
phosphate.
Le ribulose 1,5-bisphosphate compte cinq atomes de carbone. Il est pourtant aussi la
molécule sur laquelle le dioxyde de carbone est fixé. La voie suivie par le carbone forme donc
un cycle. La comparaison des autoradiographies ne suffit pas à établir ce point. Les sucres à cinq et à sept atomes de carbone ont longtemps été
ordonnés par cette seule cinétique, et les conclusions changeaient d'une expérience à l'autre.
Le rôle d'accepteur du ribulose 1,5-bisphosphate a été établi par des expériences d'un autre
type. L'extinction de la lumière ou une baisse brusque de la teneur en dioxyde de carbone y font
varier en sens inverse les quantités de 3-phosphoglycérate et de ribulose 1,5-bisphosphate.