L'histoire des Alpes, du rifting continental a la collision
Figure dynamique en neuf etapes : domaine continental stable, rifting continental, ouverture de l'ocean alpin, fusion partielle des peridotites a l'aplomb de la dorsale, construction de la croute oceanique, expansion et vieillissement de la lithosphere oceanique, subduction, collision, epaississement crustal. Yann Bouyeron, 2026, scientic.org
L'HISTOIRE DES ALPES, DU RIFTING CONTINENTAL A LA COLLISION
Ouverture puis fermeture de l'océan alpin (Téthys ligure), présentées en coupe
Figurés
Documents à ouvrir
roche : échantillon, lame mince, analyse
panorama du site
schéma ou graphique
autre document
(l'intitulé du document s'affiche au survol de l'icône)
0
30 km
60 km
100 km
croûte continentale (environ 30 km)
Moho
manteau supérieur lithosphérique (péridotites)
isotherme 1300 °C : limite lithosphère - asthénosphère
asthénosphère (manteau ductile)
lithosphère continentale
rigide
socle de la chaîne varisque, aplani par l'érosion
Le moteur : la convection du manteau
lithosphère
noyau : source de chaleur
matière chaude
qui monte
matière refroidie
qui redescend
elle se refroidit sous la lithosphère
elle se réchauffe au contact du noyau
Le transfert d'énergie thermique se fait par déplacement de
matière : c'est la convection. Elle anime l'asthénosphère et
entraîne les plaques lithosphériques.
1
socle varisque
2
sédiments pré-rift
DOCUMENT
le cycle de Wilson
ROCHE
granite du socle varisque
ROCHE
gneiss du socle varisque
ROCHE
péridotite du manteau lithosphérique
PANORAMA
les massifs cristallins externes
aujourd'hui
Coupe de la lithosphère continentale, avant l'ouverture de l'océan alpin
échelle régionale, exagération verticale d'environ 1,6
1
Le domaine continental stable
avant 250 Ma
•
La croûte continentale, d'environ 30 km d'épaisseur,
repose sur le manteau supérieur lithosphérique : le Moho
sépare les deux.
•
Croûte et manteau lithosphérique forment la lithosphère
continentale, rigide, qui repose sur l'asthénosphère
ductile.
•
La limite entre lithosphère et asthénosphère correspond à
l'isotherme 1300 °C, ici vers 100 km de profondeur.
•
Le socle est celui de la chaîne varisque, aplanie par
l'érosion : c'est la fin d'un cycle de Wilson antérieur.
•
Domaine intraplaque : ni sismicité notable, ni
magmatisme, ni anomalie thermique.
Ce qui date cette étape
1
Socle varisque
Granites et gneiss des massifs cristallins externes
(Belledonne, Pelvoux, Mont-Blanc), datés par
radiochronologie de l'orogenèse varisque, achevée vers 300
Ma : tout ce qui suit leur est postérieur.
2
Sédiments pré-rift
Déposés horizontalement sur ce socle aplani, ils sont
antérieurs au basculement des blocs.
croûte continentale
sédiments
manteau lithosphérique
asthénosphère
noyau
isotherme
déplacement de matière
marqueur de terrain qui date l'étape
0
30 km
60 km
100 km
contraintes extensives
deux demi-cellules de convection montent à l'aplomb du rift
anomalie thermique positive :
l'isotherme 1300 °C remonte
amincissement de la croûte continentale
fossé d'effondrement, mer peu profonde
failles normales
listriques
blocs basculés
sismicité superficielle
1
dolomies syn-rift
SCHÉMA
faire jouer une faille normale
SCHÉMA
profil topographique des blocs basculés
ROCHE
dolomie syn-rift
PANORAMA
le plateau des lacs de l'Alpe d'Huez
aujourd'hui
Détail : la géométrie d'un bloc basculé
niveau de la mer
faille normale listrique
sédiments pré-rift, basculés
sédiments syn-rift, en éventail
1
Fracturation et amincissement de la lithosphère continentale
échelle régionale, exagération verticale d'environ 1,6
2
Le rifting continental
250 - 240 Ma
•
Des mouvements de convection provoquent la remontée
de l'asthénosphère sous la lithosphère continentale :
anomalie thermique positive et bombement de la
topographie.
•
Sous l'effet des contraintes extensives, la croûte se
fracture : des failles normales listriques délimitent des
blocs basculés, et la croûte s'amincit.
•
Le jeu de ces failles fait s'effondrer le plancher : un fossé
d'effondrement se forme, occupé d'abord par des lacs,
puis par une mer peu profonde périodiquement asséchée.
•
Les sédiments syn-rift se déposent pendant le
basculement : leur épaisseur varie selon la position sur le
bloc, ce qui leur donne une forme en éventail. Ils
recouvrent les sédiments pré-rift.
•
Sismicité superficielle liée au jeu des failles normales ;
magmatisme encore limité.
Ce qui date cette étape
1
Dolomies syn-rift de l'Alpe d'Huez
Leur géométrie en éventail montre qu'elles se sont déposées
pendant le basculement des blocs, et non avant ni après :
leur datation situe donc le rifting entre 250 et 240 Ma.
croûte continentale
sédiments
manteau lithosphérique
asthénosphère
eau
isotherme
foyer sismique
faille
contraintes
déplacement de matière
marqueur de terrain qui date l'étape
les demi-cellules de convection commencent à s'étendre
0
30 km
60 km
100 km
dorsale lente
vallée axiale
péridotites serpentinisées
par l'eau de mer infiltrée
magma
marge passive européenne
marge passive apulienne
océan alpin (Téthys ligure)
croûte océanique
blocs basculés fossilisés
plateau
pente
glacis
plaine abyssale
ni sismicité ni magmatisme sur une marge passive
les marges passives et la lithosphère océanique qu'elles bordent appartiennent à la même plaque
1
sédiments post-rift
2
premiers dépôts marins profonds
SCHÉMA
pré-rift, syn-rift, post-rift
ROCHE
calcaire des sédiments post-rift
SCHÉMA
les marges passives conjuguées de Galice
et de Terre-Neuve
ROCHE
serpentinites
SCHÉMA
topographie et activité d'une marge
Rupture de la lithosphère continentale et mise en place de la dorsale
échelle régionale, exagération verticale d'environ 1,6
3
L'ouverture de l'océan alpin et les
marges passives
200 - 180 Ma
•
L'amincissement se poursuit jusqu'à la rupture de la
lithosphère continentale : l'asthénosphère atteint le
plancher du fossé.
•
Une dorsale s'installe : la croûte continentale cède la
place à une croûte océanique nouvellement créée. L'océan
alpin, ou Téthys ligure, s'ouvre.
•
Les deux moitiés du rift, écartées par l'expansion,
deviennent des marges passives conjuguées.
•
Une marge passive raccorde une lithosphère océanique et
une lithosphère continentale appartenant à la même
plaque : ni sismicité, ni magmatisme, contrairement à une
marge active.
•
Sa topographie associe plateau continental, pente, glacis
et plaine abyssale ; ses blocs basculés se couvrent de
sédiments post-rift.
•
La dorsale alpine est une dorsale lente : vallée axiale
bordée de failles normales, magmatisme faible ; l'eau de
mer infiltrée serpentinise les péridotites, ce qui abaisse
leur température de fusion partielle.
Ce qui date cette étape
1
Sédiments post-rift
Horizontaux, ils scellent les blocs basculés et les failles
normales qu'ils recouvrent : ils leur sont donc postérieurs et
marquent la fin du rifting.
2
Premiers dépôts marins profonds
Leur apparition signe le passage du fossé au domaine
océanique.
croûte continentale
sédiments
basaltes
gabbros
manteau lithosphérique
asthénosphère
eau
serpentinites
isotherme
faille
déplacement de matière
marqueur de terrain qui date l'étape
0
30
60
90 km
115 km
début de la fusion partielle
axe de la dorsale
domaine de
fusion partielle
remontée adiabatique
de l'asthénosphère
le magma extrait
remonte vers l'axe
expansion
expansion
asthénosphère
1
péridotites résiduelles
SCHÉMA
le domaine de fusion partielle de la
péridotite
SCHÉMA
la composition des magmas issus de la
fusion partielle
ROCHE
péridotite du manteau : la roche qui
fond partiellement
Pourquoi le manteau fond-il sans apport de chaleur ?
0
500
1 000
1 500
2 000
Température (°C)
0
2,5
5,0
7,5
80
160
240
Pression (GPa)
Profondeur (km)
5 %
20 %
% de fusion partielle
solide
solide
+ liquide
liquide
début de la fusion
partielle : 90 km
géotherme continental moyen
géotherme océanique moyen
géotherme sous une dorsale
solidus de la péridotite
liquidus de la péridotite
taux de fusion partielle : 5 à 20 %
remontée adiabatique de la péridotite sous l'axe
Diagramme schématique. Les mouvements de convection asthénosphérique induisent une
remontée des péridotites qui subissent alors une décompression adiabatique provoquant
leur fusion partielle à partir de 90 km de profondeur lors de leur remontée.
Zoom sur le manteau à l'aplomb de l'axe de la dorsale
zoom : 116 km de large, 118 km de profondeur
4
L'accrétion océanique : la fusion
partielle des péridotites
180 - 170 Ma
•
Les mouvements de convection de l'asthénosphère font
remonter des péridotites chaudes à l'aplomb de l'axe :
l'énergie thermique y est transférée par déplacement de
matière.
•
Cette remontée est adiabatique : la péridotite n'échange
presque pas de chaleur avec son environnement. La
pression chute fortement, sa température très peu.
•
Au-delà de 90 km de profondeur, sa température reste
inférieure à sa température de fusion partielle sous la
pression qu'elle subit : la roche est entièrement solide.
•
Or cette température de fusion partielle est d'autant plus
basse que la pression est faible. En remontant, la
péridotite conserve sa température alors que la pression
chute : vers 90 km, sa température lui devient supérieure.
•
C'est donc la décompression adiabatique liée à la
remontée convective qui provoque la fusion partielle, sans
apport de chaleur ni d'eau.
•
La fusion est partielle : les éléments les plus solubles
passent dans le magma, les moins solubles, dits
réfractaires, restent solides. Il en résulte deux produits
complémentaires, des péridotites résiduelles appauvries et
un magma basaltique enrichi en éléments solubles.
•
Moins dense que l'encaissant, ce magma remonte vers
l'axe de la dorsale.
Ce qui date cette étape
1
Péridotites du Chenaillet
Appauvries en éléments solubles, elles sont le résidu solide
de la fusion partielle. Elles ne se datent pas directement :
leur âge est celui des gabbros qu'elles portent, issus du
même épisode.
basaltes
gabbros
asthénosphère
magma
fusion partielle
eau
péridotites résiduelles
isotherme
déplacement de matière
marqueur de terrain qui date l'étape
0
2
4
6
8
10 km
niveau de la mer
axe de la dorsale
basaltes en coussins
complexe filonien
gabbros isotropes
gabbros lités (cumulats)
péridotites résiduelles
Moho océanique
chambre magmatique
cristallisation fractionnée :
les premiers cristaux formés
se déposent au fond
expansion
expansion
magma issu de la fusion partielle
du manteau (étape 4)
refroidissement lent en profondeur : structure grenue / refroidissement rapide au contact de l'eau : structure microlithique
1
gabbros
SCHÉMA
structure de la croûte
PANORAMA
l'ophiolite du Chenaillet
ROCHE
basalte en coussins
ROCHE
gabbro
ROCHE
gabbro lité (cumulat)
ROCHE
péridotite résiduelle du manteau
La dorsale alpine était lente
basaltes
péridotites serpentinisées
lentilles de gabbros
Vitesse d'expansion faible et
magmatisme réduit : pas de
chambre magmatique durable, mais
des lentilles de gabbros.
L'eau de mer s'infiltre par les
failles normales et serpentinise
les péridotites, qui affleurent
alors sous les basaltes.
La coupe ci-contre figure une
dorsale rapide, modèle de
référence du programme. Le
plancher de l'océan alpin, lui,
était fait de ceci :
SCHÉMA
structure de sa lithosphère
Zoom sur la croûte océanique en cours de formation : le modèle de la dorsale rapide
zoom : 32 km de large ; profondeurs comptées sous le plancher océanique, exagération verticale d'environ 1,6
5
L'accrétion océanique : la construction
de la croûte
180 - 170 Ma
•
Le magma formé dans le manteau remonte et s'accumule
sous le plancher, dans une chambre magmatique : ce
réservoir logé dans la croûte n'est pas le domaine de
fusion partielle, bien plus profond.
•
En refroidissant, les premiers minéraux cristallisés
(olivine, pyroxènes) sédimentent au fond de la chambre :
cette cristallisation fractionnée fait évoluer la composition
du liquide restant et donne les gabbros lités, qui
s'accumulent sous le magma qui les produit.
•
Le magma qui cristallise lentement en profondeur donne
des gabbros, entièrement cristallisés, à structure grenue.
•
Le magma qui atteint le plancher cristallise brutalement
au contact de l'eau froide : il donne des basaltes à
structure microlithique, en coussins.
•
Basaltes et gabbros proviennent du même magma : ils ont
donc la même composition chimique et minéralogique.
Seule leur structure diffère, selon la vitesse de
refroidissement.
•
La croûte océanique ainsi construite, épaisse de 6 à 7 km,
repose sur les péridotites résiduelles dont la sépare le
Moho.
•
Les injections successives repoussent de part et d'autre la
lithosphère déjà formée : c'est l'expansion océanique.
Ce qui date cette étape
1
Gabbros de l'ophiolite du Chenaillet
La radiochronologie, par la méthode uranium-plomb sur
zircon, donne leur âge de cristallisation, donc celui de la
construction de la croûte océanique alpine.
basaltes
complexe filonien
gabbros
gabbros lités
cumulats
magma
eau
péridotites résiduelles
serpentinites
marqueur de terrain qui date l'étape
0
30 km
60 km
100 km
âge croissant
vers 25 Ma : la lithosphère océanique devient plus dense que l'asthénosphère
dorsale
fumeurs noirs : circulation hydrothermale
1
radiolarites : témoins d'un océan profond
2
métagabbros du faciès des schistes verts
le plancher océanique s'approfondit
marge passive
sédiments post-rift
la demi-cellule de convection s'étend à la mesure du bassin océanique
l'isotherme 1300 °C s'enfonce :
la lithosphère océanique s'épaissit
incorporation de péridotites asthénosphériques, plus denses :
la masse volumique moyenne de la lithosphère océanique augmente
asthénosphère
SCHÉMA
masse volumique et âge
SCHÉMA
profondeur du plancher, du Moho et de
l'isotherme 1300 °C selon l'âge
ROCHE
métagabbro du faciès des schistes verts
ROCHE
radiolarite
DOCUMENT
les fumeurs noirs et la circulation
hydrothermale
SCHÉMA
la profondeur des isothermes en fonction
de la distance à l'axe
Coupe de l'océan alpin, de la dorsale à la marge passive apulienne
échelle régionale ; la largeur du bassin est schématique
6
L'expansion et le vieillissement de la
lithosphère océanique
170 - 120 Ma
•
En s'éloignant de la dorsale, la lithosphère océanique se
refroidit : l'isotherme 1300 °C s'enfonce et la lithosphère
s'épaissit.
•
Cet épaississement n'affecte que le manteau
lithosphérique : il se fait en incorporant des péridotites
asthénosphériques, plus denses que la croûte.
•
La masse volumique moyenne de la lithosphère océanique
augmente donc, et le plancher océanique s'approfondit à
mesure qu'il vieillit.
•
Les infiltrations d'eau dans la lithosphère encore fracturée
entretiennent une circulation hydrothermale, visible aux
fumeurs noirs : c'est un métamorphisme hydrothermal, de
basse pression et basse température.
•
Des minéraux hydratés se forment : chlorite et actinote
dans les gabbros, qui deviennent des métagabbros du
faciès des schistes verts ; les péridotites se serpentinisent.
•
Vers 25 Ma d'âge, la lithosphère océanique devient plus
dense que l'asthénosphère : la subduction devient
possible, mais reste retardée tant que cette lithosphère
est solidaire de flotteurs peu denses.
Ce qui date cette étape
1
Radiolarites
Ces roches siliceuses ne se déposent qu'à grande
profondeur : elles attestent un océan déjà profond, donc en
expansion. Leur datation situe cette expansion entre 180 et
170 Ma.
2
Métagabbros à chlorite et actinote
Faciès des schistes verts : métamorphisme hydrothermal
subi sur le plancher océanique, avant toute subduction.
croûte continentale
sédiments
basaltes
gabbros
manteau lithosphérique
asthénosphère
eau
fumeurs noirs
faciès schistes verts
isotherme
faille
contraintes
déplacement de matière
marqueur de terrain qui date l'étape
schistes verts
1
schistes bleus
2
éclogites
SCHÉMA
marge active et arc insulaire
isotherme 600 °C
isotherme 1300 °C : limite lithosphère - asthénosphère
anomalie thermique négative : les isothermes s'enfoncent avec la plaque froide
plan de Benioff
libération d'eau
fusion partielle des péridotites
hydratées du manteau chevauchant
pluton de granodiorite
arc volcanique (andésites)
cordillère : relief positif
anomalie thermique positive :
l'isotherme 1300 °C remonte
fosse océanique : relief négatif
prisme d'accrétion
la plaque qui plonge, froide et dense, constitue elle-même la branche descendante de la convection
plaque subduite (eurasiatique)
plaque chevauchante (apulienne)
SCHÉMA
domaines de stabilité des associations
minérales
ROCHE
métagabbro à glaucophane du Queyras
ROCHE
éclogite à jadéite et grenat du mont
Viso
SCHÉMA
métamorphisme et magmatisme de la
subduction
SCHÉMA
fusion partielle des péridotites : le
rôle de l'eau
ROCHE
granodiorite du pluton
ROCHE
andésite de l'arc volcanique
Coupe d'une marge active : la lithosphère océanique s'enfonce sous la lithosphère continentale apulienne
échelle régionale, exagération verticale d'environ 1,6
7
La subduction de l'océan alpin : une
marge active
100 - 50 Ma
•
Le contexte devient convergent : la lithosphère océanique
de la plaque eurasiatique s'enfonce sous la lithosphère
continentale apulienne, qui appartient à une autre plaque.
•
Topographie : une fosse océanique, relief négatif parfois
comblé par un prisme d'accrétion, et une cordillère
portant l'arc volcanique, relief positif toujours situé sur la
plaque chevauchante.
•
Sismicité : les foyers s'alignent selon un plan incliné de
plus en plus profond, le plan de Benioff. Anomalie
thermique négative le long de la plaque subduite, froide,
et positive à l'aplomb de l'arc.
•
La croûte océanique, hydratée pendant son histoire
océanique, subit un métamorphisme HP / BT : schistes
verts, puis schistes bleus à glaucophane, puis éclogites à
jadéite et grenat, de plus en plus pauvres en eau.
•
L'eau libérée hydrate les péridotites du manteau
chevauchant, au-dessus du plan de Benioff : elles fondent
partiellement entre 80 et 220 km.
•
Le magma donne des plutons de granodiorite grenue et,
en surface, des andésites microlithiques : c'est l'accrétion
continentale.
Ce qui date cette étape
1
Métagabbros à glaucophane du Queyras
Faciès des schistes bleus : cette association minérale
n'apparaît qu'à haute pression et basse température,
conditions propres à une subduction.
2
Métagabbros à jadéite et grenat du mont Viso
Faciès des éclogites : enfouissement plus profond encore.
La radiochronologie de ces minéraux date le passage en
subduction.
croûte continentale
sédiments
prisme d'accrétion
basaltes
gabbros
manteau lithosphérique
asthénosphère
magma
fusion partielle
eau
faciès schistes verts
faciès schistes bleus
faciès éclogites
isotherme
foyer sismique
contraintes
marqueur de terrain qui date l'étape
0
30 km
60 km
90 km
120 km
obduction : nappe ophiolitique charriée
2
ROCHE
la coésite du massif de Dora Maira
SCHÉMA
déformations : contexte convergent
PANORAMA
le massif du Chenaillet aujourd'hui
SCHÉMA
histoire métamorphique des ophiolites
alpines
PANORAMA
le mont Viso et le Queyras aujourd'hui
SCHÉMA
lithosphère océanique et ophiolites :
quatre logs comparés
SCHÉMA
la zonation métamorphique des Alpes
occidentales
PANORAMA
le massif de Dora Maira aujourd'hui
ophiolite du Chenaillet, jamais subduite
(métamorphisme hydrothermal BP / BT)
écailles de lithosphère océanique subduites, puis exhumées
(Queyras : schistes bleus ; mont Viso : éclogites)
suture
1
croûte continentale entraînée au-delà de 90 km : subduction continentale
(coésite du massif de Dora Maira)
plaque eurasiatique
plaque apulienne
croûte continentale européenne
croûte continentale apulienne
manteau lithosphérique apulien
manteau lithosphérique européen
l'océan alpin a entièrement disparu : les deux lithosphères continentales entrent en contact
Fermeture complète de l'océan et mise en contact des deux lithosphères continentales
échelle régionale, exagération verticale d'environ 1,6
8
La collision continentale
50 - 35 Ma
•
L'océan alpin entièrement subduit, les deux lithosphères
continentales autrefois séparées par cet océan entrent en
collision.
•
Peu dense, la croûte continentale résiste à l'enfoncement :
la convergence se traduit alors par un raccourcissement
horizontal et un épaississement vertical.
•
Une partie des matériaux océaniques restés entre les deux
continents est charriée sur la marge : c'est l'obduction.
L'ophiolite du Chenaillet, qui n'a jamais été subduite, est
ainsi portée en altitude.
•
D'autres fragments océaniques ont, eux, été subduits puis
exhumés après s'être désolidarisés de la plaque
plongeante : ils portent le métamorphisme HP / BT.
•
La croûte continentale elle-même peut être entraînée en
profondeur : on parle alors de subduction continentale.
•
La zone où les deux continents se raccordent, jalonnée par
les ophiolites, constitue la suture.
Ce qui date cette étape
1
Coésite du massif de Dora Maira
Cette variété de silice ne se forme qu'au-delà de 90 km de
profondeur : de la croûte continentale a donc été subduite,
ce qui date le début de la collision.
2
Ophiolite du Chenaillet obductée
Jamais subduite, elle n'a subi qu'un métamorphisme
hydrothermal : elle a été charriée en altitude pendant la
collision.
croûte continentale
manteau lithosphérique
asthénosphère
serpentinites
faciès schistes bleus
faciès éclogites
isotherme
contraintes
marqueur de terrain qui date l'étape
0
30 km
60 km
100 km
130 km
ophiolites portées à plus de 2700 m d'altitude
plis, failles inverses
et chevauchements
nappes de charriage : la série
stratigraphique est inversée
prisme de collision : empilement d'écailles crustales
2
gneiss et migmatites : métamorphisme MP / HT et fusion partielle
1
molasses du bassin d'avant-pays
racine crustale : Moho à plus de 50 km
Moho à 30 km
Moho à 30 km
asthénosphère
SCHÉMA
plis, failles inverses, chevauchements
SCHÉMA
faire jouer une faille inverse
SCHÉMA
plisser une série
ROCHE
gneiss et migmatite
SCHÉMA
les gneiss du dôme du Lévezou : le
gradient d'une collision
ROCHE
molasse du bassin d'avant-pays
SCHÉMA
le profil sismique des Alpes
PANORAMA
la chaîne alpine aujourd'hui : plis et
nappes
raccourcissement horizontal,
épaississement vertical
érosion et exhumation
l'érosion aplanira la chaîne ; une nouvelle distension pourra la fracturer : le cycle de Wilson se referme
Coupe de la chaîne de collision : structures de surface et racine crustale
échelle régionale ; altitudes du relief multipliées par 4 pour rester lisibles
9
L'épaississement crustal et la chaîne
actuelle
35 Ma - actuel
•
Les contraintes compressives plissent les terrains et font
jouer des failles inverses : le raccourcissement horizontal
s'accompagne d'un épaississement vertical, donc d'un
relief positif.
•
Les chevauchements superposent des roches venues de
régions éloignées ; au-delà de plusieurs dizaines de
kilomètres de déplacement, on parle de nappes de
charriage. Un chevauchement inverse la série
stratigraphique.
•
En profondeur, le profil sismique montre un empilement
d'écailles crustales séparées par des chevauchements et
des failles inverses : c'est le prisme de collision.
•
Sous les Alpes, le Moho n'est plus à 30 km mais à plus de
50 km : c'est la racine crustale.
•
L'épaississement enfouit les roches : l'augmentation de la
pression et de la température provoque un
métamorphisme MP / HT et une fusion partielle, à l'origine
des gneiss et des migmatites.
•
L'érosion exhume progressivement ces roches profondes
et les ophiolites. La chaîne évoluera vers une pénéplaine,
avant qu'une nouvelle distension ne la fracture : le cycle
de Wilson se referme.
Ce qui date cette étape
1
Molasses des bassins d'avant-pays
Ces dépôts détritiques proviennent de l'érosion de la
chaîne : leur âge date la surrection, entretenue depuis
environ 35 Ma.
2
Gneiss et migmatites
Le métamorphisme MP / HT et la fusion partielle qu'ils
enregistrent traduisent l'enfouissement des roches par
épaississement crustal.
croûte continentale
sédiments
manteau lithosphérique
asthénosphère
serpentinites
faciès éclogites
gneiss et migmatites
isotherme
faille
contraintes
marqueur de terrain qui date l'étape
Les neuf étapes, dans l'ordre chronologique (la largeur des cases n'est pas proportionnelle à la durée)
1
avant 250 Ma
Domaine continental
2
250 - 240 Ma
Rifting continental
3
200 - 180 Ma
Ouverture de l'océan
4
180 - 170 Ma
Fusion partielle
5
180 - 170 Ma
Croûte océanique
6
170 - 120 Ma
Expansion océanique
7
100 - 50 Ma
Subduction
8
50 - 35 Ma
Collision
9
35 Ma - actuel
Épaississement
Yann Bouyeron - 2026 -
svtrek.scientic.org
Pause
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Le cycle de Wilson
DOCUMENT
Ce que montre le document
Quatre blocs-diagrammes disposés en cercle et reliés par des flèches : fracturation
continentale, océanisation, subduction, collision continentale. La légende distingue
l'asthénosphère, le manteau lithosphérique, les croûtes continentale et océanique,
les sédiments, les failles et les failles de détachement.
Analyse
La disposition en boucle traduit le caractère cyclique de l'ensemble. La fracturation
amincit la croûte continentale et fait remonter le manteau ; l'océanisation installe
une croûte océanique nouvelle entre deux marges devenues passives ; la
subduction consomme cette croûte ; la collision met les deux continents en contact
et épaissit la croûte. Le continent ainsi reconstitué pourra être fracturé de
nouveau : la boucle se referme.
Ce que cela démontre
Une chaîne de montagnes juxtapose des roches héritées de toutes ces étapes :
socle ancien, sédiments de marge, fragments de plancher océanique, roches
métamorphisées en profondeur. Les Alpes correspondent à la seconde moitié d'un
cycle ouvert au Trias, il y a environ 250 Ma.
image chargée depuis le nœud IPFS de scientic.org
Marges passives, marges actives et arcs insulaires : topographie et activité
SCHÉMA
marge passive
marge active
arc insulaire actif
comparaison
profil topographique et bathymétrique, exagération verticale de 3,1
isotherme 600 °C
isotherme 1300 °C
CO
CC
sédiments post-rift
blocs basculés hérités du rifting
MSL
A
transition continent - océan
isothermes horizontales : ni AT+, ni AT-
aucun foyer sismique, aucun volcan
+5 km
0
-5 km
-10 km
plateau continental
pente continentale
glacis
plaine abyssale
continent
une seule et même plaque lithosphérique
coupe de la lithosphère, sans exagération verticale
0
50 km
100 km
140 km
100 km
CO : croûte océanique - CC : croûte continentale - MSL : manteau supérieur lithosphérique - A : asthénosphère - F : fosse - AV : arc volcanique - AT+ : anomalie thermique positive - AT- : anomalie
thermique négative - BAA : bassin d'arrière-arc - PS : plaque subduite - PC : plaque chevauchante - * : foyer sismique
Topographie
Du continent vers le large se succèdent le plateau
continental, immergé sous moins de 200 mètres d'eau,
la pente continentale, qui descend jusque vers 3 000
mètres en s'inclinant de 3 à 5 degrés, le glacis, où
s'accumulent les apports détritiques, et la plaine
abyssale, vers 5 000 mètres. La transition est
régulière : il n'existe pas de fosse.
Activité
Ni séisme notable, ni volcanisme, ni anomalie
thermique : les isothermes restent horizontales et le
flux géothermique est celui d'un domaine intraplaque.
La seule évolution est une subsidence lente, d'origine
thermique, qui laisse s'accumuler plusieurs kilomètres
de sédiments post-rift au pied de la marge.
Interprétation
La lithosphère océanique et la lithosphère
continentale appartiennent ici à la même plaque : une
marge passive n'est pas une frontière de plaques, d'où
l'absence d'activité. En profondeur subsistent les
blocs basculés et les failles normales hérités du
rifting, scellés par les sédiments post-rift.
profil topographique et bathymétrique, exagération verticale de 3,1
CO
MSL
A
CC
MSL
AT+
AT-
l'isotherme 1300 °C remonte
les isothermes s'enfoncent avec la plaque froide
libération d'eau
fusion partielle des péridotites hydratées
pluton de granitoïdes
plan de Wadati-Benioff
jusqu'à 700 km
prisme d'accrétion
+5 km
0
-5 km
-10 km
F
AV
haut plateau continental
plaine abyssale
plateau continental étroit
PS
PC
coupe de la lithosphère, sans exagération verticale
0
50 km
100 km
140 km
100 km
CO : croûte océanique - CC : croûte continentale - MSL : manteau supérieur lithosphérique - A : asthénosphère - F : fosse - AV : arc volcanique - AT+ : anomalie thermique positive - AT- : anomalie
thermique négative - BAA : bassin d'arrière-arc - PS : plaque subduite - PC : plaque chevauchante - * : foyer sismique
Topographie
Une fosse océanique, ici à 8 200 mètres, marque le
contact des deux plaques ; le plateau continental y
est réduit à quelques kilomètres. Le relief s'élève
ensuite jusqu'à l'arc volcanique, qui culmine au-
dessus de 5 000 mètres, et se poursuit en arrière par
un haut plateau continental proche de 4 000 mètres :
derrière l'arc, le domaine reste continental et
émergé.
Activité
Les foyers sismiques s'alignent le long de la plaque
subduite et dessinent le plan de Wadati-Benioff, de la
fosse jusqu'à 700 kilomètres de profondeur ; les
séismes les plus violents se produisent sur le contact
entre les deux plaques. Le volcanisme, andésitique et
explosif, se concentre sur l'arc, à l'aplomb du
domaine où la plaque subduite atteint 100 à 150
kilomètres.
Interprétation
La plaque subduite, froide, entraîne les isothermes
vers le bas : c'est l'anomalie thermique négative.
L'eau que libère sa déshydratation abaisse la
température de fusion partielle des péridotites du
coin mantellique, qui fondent partiellement, et
l'isotherme 1300 °C y remonte : c'est l'anomalie
thermique positive. Le magma produit donne plutons de
granitoïdes et andésites, soit de la croûte
continentale nouvelle.
profil topographique et bathymétrique, exagération verticale de 3,1
CO
MSL
A
CO
MSL
CC
croûte d'arc
bassin ouvert par extension
AT+
AT-
lithosphère amincie et chaude sous le bassin
libération d'eau
fusion partielle des péridotites hydratées
plan de Wadati-Benioff
jusqu'à 700 km
prisme d'accrétion
+5 km
0
-5 km
-10 km
F
AV
BAA
plaine abyssale
bassin d'avant-arc
marge passive
PS
PC
coupe de la lithosphère, sans exagération verticale
0
50 km
100 km
140 km
100 km
CO : croûte océanique - CC : croûte continentale - MSL : manteau supérieur lithosphérique - A : asthénosphère - F : fosse - AV : arc volcanique - AT+ : anomalie thermique positive - AT- : anomalie
thermique négative - BAA : bassin d'arrière-arc - PS : plaque subduite - PC : plaque chevauchante - * : foyer sismique
Topographie
Le même dispositif se retrouve d'avant en arrière :
fosse, ici à 9 500 mètres, prisme d'accrétion, bassin
d'avant-arc, puis l'arc volcanique, qui n'émerge que
de quelques centaines à quelques milliers de mètres et
forme un chapelet d'îles. En arrière s'ouvre un bassin
d'arrière-arc, profond d'environ 3 000 mètres, que
borde la marge passive d'un continent.
Activité
Sismicité et volcanisme sont ceux de toute subduction,
avec un plan de Benioff plus incliné, souvent proche
de 45 degrés. Le bassin d'arrière-arc ajoute une
activité propre : il est en extension et son flux
géothermique est élevé. Une accrétion océanique peut
s'y installer, comme dans le bassin de Lau, mais elle
n'a rien de général : elle a cessé en mer du Japon
comme en mer de Chine méridionale.
Interprétation
La différence tient à la nature de la plaque
chevauchante : océanique ici, continentale sur une
marge active. L'arc repose sur une croûte de 20 à 25
kilomètres, de composition intermédiaire, produite par
le magmatisme de subduction : c'est de la croûte
continentale en cours de formation. Le recul de la
fosse et la remontée de l'asthénosphère dans le coin
mantellique ouvrent le bassin d'arrière-arc.
La notion de marge
Une marge continentale est la zone immergée qui raccorde une lithosphère océanique et une lithosphère continentale ; elle s'étend du rivage au domaine océanique profond. Ce
raccord peut se faire à l'intérieur d'une même plaque : la marge est alors passive. Il peut au contraire coïncider avec une frontière de plaques convergente, le long de laquelle
la lithosphère océanique s'enfonce sous la lithosphère continentale : la marge est alors active. Topographie, sédimentation et activité découlent de cette différence. Un arc
insulaire actif, lui, n'est pas une marge : la subduction s'y fait sous une lithosphère océanique, sans contact avec un domaine continental. Le raccord entre océan et continent y
est reporté de l'autre côté du bassin d'arrière-arc, où il prend la forme d'une marge passive.
Marge passive et marge active
Marge passive
Marge active
Situation
Intraplaque : la lithosphère océanique et la lithosphère continentale
appartiennent à la même plaque lithosphérique
Frontière de plaques : la marge est le bord de la plaque chevauchante
Topographie
Plateau large, pente, glacis, plaine abyssale ; pas de fosse
Fosse de 6 000 à 8 000 m, plateau étroit, arc volcanique
Sismicité
Négligeable, quelques foyers superficiels
Plan de Wadati-Benioff : foyers de plus en plus profonds, jusqu'à 700 km
Volcanisme
Aucun
Andésitique et explosif, sur l'arc volcanique
Anomalies thermiques
Aucune : les isothermes restent horizontales
AT- le long de la plaque subduite, AT+ dans le coin mantellique
Métamorphisme
Aucun
HP / BT dans la plaque subduite : schistes bleus, éclogites
Sédimentation
Épaisse, croissante vers le pied de la marge ; subsidence thermique
Prisme d'accrétion contre la fosse ; sédiments accrétés ou subduits
Structures
Blocs basculés et failles normales hérités du rifting
Failles inverses et chevauchements : raccourcissement
Exemples
Marge atlantique du golfe de Gascogne ; marges alpines fossiles
Marge andine du Pérou et du Chili
Marge active et arc insulaire actif
Dans les deux cas une lithosphère océanique entre en subduction : fosse, plan de Benioff, anomalies thermiques, fusion partielle des péridotites hydratées et volcanisme andésitique sont communs. La
différence tient à la nature de la plaque chevauchante.
Marge active
Arc insulaire actif
Plaque chevauchante
Lithosphère continentale
Lithosphère océanique
Croûte portant l'arc
Croûte continentale, épaissie jusqu'à 70 km sous la cordillère
Croûte d'arc de 20 à 25 km, de composition intermédiaire
Relief de l'arc
Cordillère continue et émergée, au-dessus de 4 000 m
Chapelet d'îles, de quelques centaines à quelques milliers de mètres
Pendage du plan de Benioff
Modéré, de l'ordre de 30 degrés
Fort, souvent proche de 45 degrés
Domaine d'arrière-arc
Haut plateau continental émergé, en compression
Bassin océanique immergé, en extension, à lithosphère amincie
Flux géothermique en arrière-arc
Celui d'un domaine continental
Élevé : la lithosphère y est amincie et chaude
Raccord entre océan et continent
Assuré par la marge active elle-même
Reporté au-delà du bassin, sous la forme d'une marge passive
Exemples
Andes du Pérou et du Chili
Arcs du Japon, des Mariannes, des Tonga
Programmes de première et de terminale spécialité, la dynamique des zones de divergence et de convergence
Les déformations en contextes divergent ou convergent
SCHÉMA
état initial
divergence : faille normale
convergence : faille inverse
convergence : plis
3
2
1
strate 3, la plus récente
strate 2
strate 1, la plus ancienne
L1 = 8,0
H1 = 3,0
état initial : trois strates horizontales, aucune déformation
Trois strates horizontales, la plus ancienne en bas : c'est le principe de superposition. Le bloc mesure L1 = 8,0 en longueur et H1 = 3,0 en épaisseur, en unités
arbitraires. Choisir un contexte pour le déformer.
3
2
1
3
2
1
mur
toit
contraintes extensives
L1 (avant) = 8,0
L2 = 8,7
E : élongation = 0,7
E
A
verticale de contrôle
sur cette verticale, de haut en bas :
3
toit
1
mur
contact anormal
la strate 2 manque : sur cette
verticale, une faille normale supprime
des terrains.
H1 (avant) = 3,0
H2 = 1,4
A : amincissement = 1,6
épaisseur de terrains traversée
sur la verticale de contrôle
Contexte divergent. Le plan de faille est fortement incliné. Le toit, compartiment situé au-dessus du plan, descend ; le mur monte relativement. Les deux
compartiments coulissent sans basculer. Le rejet a deux composantes : l'une horizontale, qui allonge l'ensemble (élongation E), l'autre verticale, qui réduit d'autant
l'épaisseur de terrains traversée sur une verticale (amincissement A). C'est la déformation des rifts et des marges passives.
3
2
1
3
2
1
mur
toit
contraintes compressives
L1 (avant) = 8,0
L2 = 6,1
R : raccourcissement = 1,9
R
E
verticale de contrôle
sur cette verticale, de haut en bas :
3
toit
2
toit
1
toit
3
mur
2
mur
1
mur
contact anormal
la strate 1, plus ancienne, repose sur
la strate 3, plus récente : la série est
inversée, et les mêmes strates sont
traversées deux fois.
H1 (avant) = 3,0
H2 = 4,9
E : épaississement = 1,9
épaisseur de terrains traversée
sur la verticale de contrôle
Contexte convergent. Le plan de faille est peu incliné. Le toit monte et chevauche le mur. La composante horizontale du rejet raccourcit l'ensemble (raccourcissement
R), sa composante verticale augmente d'autant l'épaisseur de terrains traversée sur une verticale (épaississement E). Le long de cette verticale, la série est traversée
deux fois et une strate ancienne se retrouve au-dessus d'une strate récente.
3
2
1
anticlinal
synclinal
contraintes compressives
L1 (avant) = 8,0
L2 = 6,1
R : raccourcissement = 1,9
longueur mesurée le long du toit de la série, que le plissement ne change pas
verticale de contrôle
sur cette verticale, de haut en bas :
3
2
1
aucun contact anormal : la série est
complète, dans l'ordre, et traversée une
seule fois. La même quantité de roche
occupe une emprise plus courte :
l'épaisseur traversée est plus grande,
et elle l'est sur toute verticale.
H1 (avant) = 3,0
H2 = 3,9
E : épaississement = 0,9
épaisseur de terrains traversée
sur la verticale de contrôle
Contexte convergent, roches ductiles : au lieu de rompre, la série se plisse. Sa longueur, mesurée le long du toit de la série, ne change pas ; c'est son emprise
horizontale qui diminue, de L1 à L2 : c'est le raccourcissement R. La même quantité de roche occupant une emprise plus courte, l'épaisseur traversée passe de H1 à
H2, et vaut la même chose sur toute verticale : c'est l'épaississement E. Le produit L2 x H2 est égal à L1 x H1 : l'aire de la coupe est conservée, le raccourcissement est
intégralement converti en épaississement. Ici la roche flue : les couches s'épaississent dans les charnières et s'amincissent sur les flancs. Aucun contact anormal
n'apparaît pour autant : la déformation est continue et la série reste dans l'ordre.
3
2
1
anticlinal
synclinal
contraintes compressives
épaisseur vraie : 3,0
L1 (avant) = 8,0
L2 = 6,1
R : raccourcissement = 1,9
longueur mesurée le long du toit de la série, que le plissement ne change pas
verticale de contrôle
sur cette verticale, de haut en bas :
3
inclinée de 40°
2
inclinée de 40°
1
inclinée de 40°
aucun contact anormal : la série est
complète, dans l'ordre, et traversée une
seule fois. L'épaisseur mesurée sur la
verticale augmente parce que les couches
y sont inclinées, non parce qu'elles se
sont épaissies.
H1 (avant) = 3,0
H2 = 3,9
E : épaississement = 0,9
épaisseur de terrains traversée
sur la verticale de contrôle
Même raccourcissement, même épaississement, mais une autre façon de les accommoder : les flancs restent plans, inclinés de 40°, et les charnières sont anguleuses.
Ce pli en chevron se forme lorsque les couches glissent les unes sur les autres sans que la roche flue : l'épaisseur vraie, mesurée perpendiculairement aux couches, est
alors conservée. Sur la verticale, l'épaisseur traversée vaut H1 / cos 40°, soit H2 : elle augmente parce que les couches sont inclinées, non parce qu'elles se sont
épaissies. Les séries épaisses et bien litées se plissent ainsi, un pli arrondi y étant géométriquement impossible.
plis arrondis
plis anguleux
Blocs basculés du plateau des lacs de l'Alpe d'Huez
SCHÉMA
Massifs des Grandes Rousses et du Taillefer, Alpes externes
Ce que montre le document
Le profil topographique du plateau met en évidence une succession de
compartiments : des surfaces régulièrement inclinées, séparées par des
escarpements francs. Les creux situés au pied de chaque escarpement sont
comblés par des dolomies dont l'épaisseur varie d'un bord à l'autre du
compartiment.
Analyse
Des surfaces inclinées séparées par des ruptures ne peuvent résulter ni de
l'érosion, qui lisse, ni d'un dépôt, qui s'effectue horizontalement : ce sont des
compartiments limités par des failles. Le compartiment situé du côté où
l'escarpement regarde est descendu : les failles sont normales, donc le contexte
était extensif. L'épaisseur variable des dolomies impose qu'elles se soient déposées
pendant le jeu des failles : ce sont des sédiments syn-rift, et non des dépôts
antérieurs simplement basculés.
Ce que cela démontre
Cette géométrie est celle d'une marge passive fossilisée dans la chaîne : elle
témoigne du rifting continental qui a précédé l'ouverture de l'océan alpin. Comme
les dolomies datent du Trias, le rifting est situé entre 250 et 240 Ma.
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Sédiments pré-rift, syn-rift et post-rift
SCHÉMA
Ce que montre le document
Trois croquis d'une même marge. En 1, des couches horizontales régulières que
des failles commencent à recouper. En 2, les blocs sont basculés et des dépôts en
éventail, plus épais contre chaque faille, occupent les demi-fossés. En 3, des
couches horizontales recouvrent l'ensemble sans être déformées.
Analyse
Le raisonnement est chronologique. Les couches recoupées par les failles leur sont
antérieures : ce sont les sédiments pré-rift. Les dépôts en éventail ne peuvent
acquérir cette forme que si le basculement se poursuit pendant leur
sédimentation : ils sont syn-rift, et eux seuls datent le rifting. Les couches
horizontales qui scellent failles et blocs leur sont postérieures : ce sont les
sédiments post-rift, déposés une fois l'extension terminée et le domaine devenu
océanique.
Ce que cela démontre
Sur une paléomarge, la simple géométrie des sédiments permet de borner le
rifting : après le dépôt des pré-rift, pendant celui des syn-rift, avant celui des
post-rift. C'est le principe de recoupement appliqué à la tectonique.
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La structure de la lithosphère océanique
SCHÉMA
Ce que montre le document
Une colonne de six à sept kilomètres de croûte : au sommet des basaltes en
coussins, en dessous des gabbros traversés par des filons de basaltes, puis des
gabbros. Sous le Moho viennent les péridotites du manteau.
Analyse
Basaltes et gabbros ont la même composition chimique et minéralogique : ils
proviennent du même magma. Seule leur structure diffère. Le basalte,
microlithique, a cristallisé brutalement au contact de l'eau froide, ce qui n'a pas
laissé le temps aux cristaux de croître ; le gabbro, grenu et entièrement cristallisé,
a refroidi lentement en profondeur. Les filons correspondent aux conduits par
lesquels le magma est monté jusqu'au plancher.
Ce que cela démontre
La vitesse de refroidissement, et non la composition, explique la structure d'une
roche magmatique. Cette succession verticale est celle que reproduisent les
ophiolites : c'est ce qui permet de les identifier comme des fragments de
lithosphère océanique.
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La lithosphère océanique d'une dorsale lente
SCHÉMA
Structure de la lithosphère océanique sous une dorsale lente
Ce que montre le document
Une colonne de six à sept kilomètres, comme sous une dorsale rapide, mais
autrement remplie. Au sommet, de rares basaltes en coussins et quelques filons ;
en dessous, des massifs de gabbros discontinus, isolés les uns des autres,
dispersés dans des péridotites serpentinisées qui occupent presque toute la
hauteur. Au contact du manteau, des péridotites imprégnées de gabbros marquent
le Moho. Ni complexe filonien continu, ni couche de gabbros continue.
Analyse
La vitesse d'expansion est d'environ 25 mm par an, contre 130 mm par an sur une
dorsale rapide, et l'activité magmatique est faible : il n'existe pas de chambre
magmatique durable, seulement des lentilles où le magma cristallise en petits
massifs de gabbros. Les contraintes extensives font jouer des failles normales qui
délimitent une vallée axiale, creusée vers 3800 mètres de profondeur, là où une
dorsale rapide dessine un dôme vers 2500 mètres. L'eau de mer s'infiltre par ces
failles et hydrate les péridotites du manteau, qui se transforment par
métamorphisme hydrothermal en serpentinites. Cette hydratation abaisse leur
température de fusion partielle et entretient une fusion réduite, dont le magma
cristallise sur place en lentilles de gabbros.
Ce que cela démontre
La coupe principale figure le fonctionnement d'une dorsale rapide, modèle de
référence du programme. La dorsale qui a ouvert l'océan alpin, elle, était lente :
son plancher associe des basaltes peu abondants et des péridotites serpentinisées
exhumées, sans empilement régulier. C'est exactement ce que montre l'ophiolite du
Chenaillet, où les basaltes en coussins reposent presque directement sur des
serpentinites, avec peu de gabbros.
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L'ophiolite du Chenaillet
PANORAMA
Massif du Chenaillet, Alpes, 2700 m d'altitude
Ce que montre le document
Sur le terrain, on parcourt successivement des basaltes en coussins, des gabbros,
puis des péridotites serpentinisées. Ces trois ensembles se succèdent
horizontalement, à plus de 2700 m d'altitude.
Analyse
Cette succession horizontale est celle qui, dans un océan, s'observe verticalement :
l'ensemble a donc été basculé et charrié. La croûte y est mince et les gabbros peu
abondants, les basaltes reposant presque directement sur des péridotites
serpentinisées : c'est la signature d'une dorsale lente, à magmatisme réduit, où
l'eau de mer atteint le manteau par les failles normales. Les métagabbros ne
portent que des minéraux hydratés de basse pression, chlorite et actinote : ce
fragment n'a jamais connu les hautes pressions d'une subduction.
Ce que cela démontre
Le Chenaillet est un morceau du plancher de l'océan alpin resté en surface, charrié
sur la marge lors de la collision : c'est une obduction. Il date et caractérise l'océan
disparu.
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Masse volumique de la lithosphère océanique et âge
SCHÉMA
Ce que montre le document
Deux courbes en fonction de l'âge de la lithosphère océanique : sa masse
volumique moyenne, qui croît, et celle de l'asthénosphère, constante. Les deux se
croisent vers 25 à 30 millions d'années.
Analyse
En s'éloignant de la dorsale, la lithosphère se refroidit. L'isotherme 1300 °C, qui
marque sa base, s'enfonce : la lithosphère s'épaissit en incorporant des péridotites
asthénosphériques. Comme ces péridotites sont plus denses que la croûte, la part
de manteau augmentant dans l'ensemble, la masse volumique moyenne croît. La
croûte, elle, garde la même épaisseur : l'épaississement n'affecte que le manteau
lithosphérique.
Ce que cela démontre
Au-delà du croisement, la lithosphère océanique est plus dense que l'asthénosphère
sur laquelle elle repose : elle est instable et peut plonger. C'est une condition
nécessaire de la subduction, mais non suffisante : tant qu'elle reste solidaire d'une
lithosphère jeune ou continentale, peu denses, ces flotteurs retardent son entrée
en subduction.
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Métagabbros du faciès des schistes verts
ROCHE
Deux métagabbros de l'ophiolite du Chenaillet : échantillons et lames minces en lumière polarisée
non analysée
Ce que montre le document
Le premier métagabbro, en échantillon et en lame mince : la hornblende,
amphibole brune au microscope, entoure complètement le pyroxène et l'isole du
plagioclase. Le second métagabbro montre en plus des plages verdâtres de chlorite
et d'actinote.
Analyse
Les relations géométriques entre minéraux sont compatibles avec la réaction
plagioclase + pyroxène + eau donnant de la hornblende. La roche est restée solide
et la structure grenue du gabbro est conservée : il s'agit d'un métamorphisme, non
d'une fusion. Les minéraux nouveaux sont hydratés alors que le pyroxène ne l'est
pas : la transformation exige un apport d'eau, celle des circulations hydrothermales
de la dorsale. Que la hornblende forme une couronne autour du pyroxène montre
que la réaction s'est arrêtée avant d'être complète. Le second métagabbro, à
chlorite et actinote, appartient au faciès des schistes verts.
Ce que cela démontre
Ce métamorphisme hydrothermal, de basse pression et basse température, se
produit sur le plancher océanique, bien avant toute subduction : il enregistre
l'histoire océanique de la roche. L'eau ainsi piégée dans les minéraux sera libérée
plus tard, lors de la subduction.
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La péridotite serpentinisée
ROCHE
serpentinite du Chenaillet, échantillon
lame mince en lumière polarisée analysée : la texture maillée
Échantillon : ophiolite du Chenaillet. Lame mince : Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Description
Un échantillon vert très sombre, parcouru par un réseau dense de veines claires
qui découpent la roche en compartiments polygonaux. En lame mince, la même
organisation apparaît à l'échelle des cristaux : des îlots sombres, reliques d'olivine,
sont cernés d'un lacis continu de fibres claires. Cette disposition en mailles est la
texture caractéristique de la serpentinisation.
Analyse
La serpentine, minéral hydraté, s'est formée aux dépens des olivines et des
pyroxènes de la péridotite, à l'état solide et à basse température, sous l'action de
l'eau de mer infiltrée par les failles normales de la dorsale. Cette hydratation
augmente fortement le volume de la roche : elle la fissure, ce qui ouvre de
nouveaux chemins à l'eau et entretient la transformation, d'où ce réseau de veines.
Elle abaisse aussi nettement la masse volumique, d'environ 3,3 à 2,6 g/cm³.
Ce que cela démontre
L'hydratation abaisse la température de fusion partielle des péridotites : un
magmatisme reste possible sous une dorsale lente, peu alimentée. Allégées, ces
roches sont aussi plus faciles à exhumer, ce qui explique qu'on les retrouve
aujourd'hui à 2700 m d'altitude.
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Métamorphisme et magmatisme de la subduction
SCHÉMA
Coupe d'une zone de subduction et production de matériaux continentaux
Ce que montre le document
Une coupe allant de la dorsale à l'arc volcanique. Le long de la plaque qui plonge,
la croûte océanique change de couleur : métagabbros et métabasaltes du faciès des
schistes verts, puis des schistes bleus, puis des éclogites. Des flèches figurent les
flux d'eau qui quittent la plaque ; une zone de fusion partielle est marquée dans le
manteau de la plaque chevauchante ; au-dessus figurent des plutons de granitoïdes
et un volcanisme explosif.
Analyse
Les faciès se succèdent avec la profondeur, donc avec la pression, alors que la
plaque reste froide : c'est un métamorphisme de haute pression et basse
température. Les minéraux formés sont de plus en plus denses et de plus en plus
pauvres en eau : à chaque transformation, la plaque se déshydrate. L'eau libérée
migre vers le haut, dans le coin de manteau situé au-dessus de la plaque, et y
abaisse la température de fusion partielle de la péridotite. Celle-ci n'apparaît donc
que là où le manteau chevauchant est à la fois hydraté et assez chaud, au-dessus du
plan de Benioff, quand celui-ci atteint 80 à 220 km de profondeur.
Ce que cela démontre
Le magmatisme de subduction ne résulte pas d'un réchauffement mais d'un apport
d'eau. Le magma produit donne des plutons de granitoïdes en profondeur et des
andésites en surface : c'est de la croûte continentale nouvelle, ce qu'on appelle
l'accrétion continentale.
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Métagabbro à glaucophane du Queyras
ROCHE
Métagabbro de l'ophiolite du mont Queyras : échantillon et lame mince en lumière polarisée non
analysée
Ce que montre le document
Un échantillon où alternent des plages sombres et claires, et une lame mince : un
pyroxène brun est entouré d'une auréole de glaucophane bleu, dans ce qui reste de
la matrice de plagioclase blanche.
Analyse
Le glaucophane est une amphibole sodique qui n'est stable qu'à haute pression et
basse température. Il s'est développé autour du pyroxène sans le faire disparaître :
comme pour la hornblende du Chenaillet, cette structure en auréole signale une
réaction incomplète, la roche n'ayant pas atteint l'équilibre. La transformation s'est
faite à l'état solide : c'est un métamorphisme. Un tel enfouissement sans
réchauffement n'est possible que dans une plaque qui plonge assez vite pour rester
froide.
Ce que cela démontre
Ce gabbro, formé au niveau de la dorsale alpine, a été entraîné en subduction puis
exhumé : l'océan alpin a donc bien été subduit avant la collision. Plus à l'est, au
mont Viso, les mêmes gabbros contiennent jadéite et grenat, minéraux de pressions
plus élevées encore : l'enfouissement croît vers l'est.
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La coésite du massif de Dora Maira
ROCHE
Massif de Dora Maira, Alpes italiennes : lame mince et domaines de stabilité de la silice
Ce que montre le document
À gauche, une lame mince : au cœur d'un grenat se trouve une inclusion arrondie,
faite de coésite entourée de quartz. Des fractures rectilignes partent de l'inclusion
et rayonnent dans le grenat. À droite, le diagramme de stabilité de la silice : quartz
et coésite ont la même formule, SiO₂, mais la coésite n'est stable qu'au-delà
d'environ 3 GPa, soit plus de 90 km de profondeur. Leurs masses volumiques
diffèrent : 2,65 g/cm³ pour le quartz, 3,01 g/cm³ pour la coésite.
Analyse des fractures radiales
La coésite est la variété dense de la silice. Lors de la remontée de la roche, la
pression chute et la coésite se convertit en quartz. À masse égale, le volume
massique passe de 1/3,01 soit 0,33 cm³/g à 1/2,65 soit 0,38 cm³/g : le volume
augmente d'environ 13 %. Cette expansion se produit à l'intérieur d'un grenat
rigide, qui ne peut se dilater d'autant : la transformation met donc le grenat en
tension et le rompt, ce qui produit les fractures radiales observées. Le grenat a
cependant maintenu autour de l'inclusion une pression suffisante pour que son
cœur reste en coésite : sans cette enveloppe, la conversion aurait été complète et
l'indice aurait disparu.
Ce que cela démontre
La roche hôte dérive de sédiments continentaux. C'est donc de la croûte
continentale, peu dense, qui a été entraînée au-delà de 90 km de profondeur : on
parle de subduction continentale. Cet enfouissement extrême marque le passage de
la subduction océanique à la collision.
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La dolomie syn-rift
ROCHE
Échantillon de dolomie, collection GeoDIL, Dexter Perkins, University of North Dakota, CC0
Description
Un échantillon beige rosé à grain fin, homogène, parcouru par un réseau de fines
veines claires et par des liserés bruns soulignant d'anciennes discontinuités. La
roche est compacte, sans fossile visible et sans grain détritique.
Analyse
La dolomie est une roche sédimentaire carbonatée, faite de dolomite, carbonate
double de calcium et de magnésium. Elle dérive d'une boue carbonatée déposée en
mer peu profonde, dont le calcium a été partiellement remplacé par du magnésium.
Ce remplacement se produit dans des eaux chaudes, confinées et hypersalines :
lagunes, plateformes littorales périodiquement émergées. La dolomie enregistre
donc à la fois un dépôt marin et une faible profondeur d'eau.
Ce que cela démontre
Sur le plateau des lacs de l'Alpe d'Huez, les dolomies comblent les creux situés au
pied de chaque escarpement et leur épaisseur varie d'un bord à l'autre de chaque
compartiment : elles se sont donc déposées pendant le basculement des blocs, et
non avant ni après. Ce sont des sédiments syn-rift, et eux seuls datent le rifting.
Comme elles appartiennent au Trias, le rifting est situé entre 250 et 240 Ma.
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Le calcaire des sédiments post-rift
ROCHE
Calcaire à polypiers, collection GeoDIL, University of North Dakota, CC0
Description
Une surface rocheuse gris clair où se détachent, en relief, des dizaines de sections
circulaires de un à deux centimètres de diamètre, jointives et régulièrement
réparties. Chacune montre une couronne externe et un cœur plus clair. La roche
encaissante est fine et homogène.
Analyse
Ces sections sont des polypiers de coraux fossiles, conservés dans la roche : le
calcaire est ici entièrement biogène, formé par l'accumulation de squelettes
carbonatés. Un calcaire récifal de ce type suppose une mer chaude, claire et peu
profonde, la photosynthèse des algues symbiotiques des coraux exigeant la
lumière. La roche fait effervescence à l'acide chlorhydrique dilué, ce qui la
distingue d'une dolomie.
Ce que cela démontre
Sur une marge passive, les calcaires appartiennent aux sédiments post-rift :
horizontaux, ils scellent les blocs basculés et les failles normales, auxquels ils sont
donc postérieurs. Leur succession avec des dépôts de plus en plus profonds,
jusqu'aux radiolarites, retrace l'approfondissement du domaine à mesure que
l'océan s'ouvre.
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Le gneiss et la migmatite
ROCHE
migmatite : leucosome clair et mélanosome sombre
échantillon de migmatite (échelle : 1 cm)
Photographies James St. John, CC BY 2.0, et Max.kit, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Description
La roche associe deux parties nettement distinctes : des zones claires, roses et
blanches, à cristaux grossiers et à contours irréguliers, souvent contournées, et des
zones sombres, gris foncé, à grain plus fin et riches en minéraux noirs. Les zones
claires ne forment pas des lits réguliers comme dans un gneiss : elles s'insinuent,
se rejoignent et se plissent.
Analyse
Les zones claires, appelées leucosome, sont quartzo-feldspathiques : ce sont les
parties qui ont fondu, puis recristallisé sur place. Les zones sombres, ou
mélanosome, concentrent les minéraux restés solides, riches en fer et en
magnésium. La roche a donc fondu, mais partiellement seulement : sa température
a dépassé celle du début de fusion sans atteindre celle de la fusion complète, et
elle est intermédiaire entre le gneiss, entièrement solide, et le granite, entièrement
cristallisé à partir d'un liquide. Une telle fusion partielle de la croûte continentale
exige des températures de l'ordre de 700 °C, donc un enfouissement profond.
Ce que cela démontre
Gneiss et migmatites constituent l'indice métamorphique de l'épaississement
crustal. Le métamorphisme de moyenne pression et haute température qu'ils
enregistrent, et les traces de fusion partielle qu'ils portent, ne s'expliquent que par
l'enfouissement de roches crustales sous une croûte épaissie. Leur affleurement
actuel suppose en outre que l'érosion a depuis retiré plusieurs dizaines de
kilomètres de roches.
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Le gradient métamorphique d'une collision : les gneiss du dôme du Lévezou
SCHÉMA
assemblages minéralogiques
diagramme pression - température
localisation des roches
Assemblages minéralogiques des gneiss du dôme du Lévezou
Roche
Assemblage minéralogique
Zone et domaine de stabilité
Conditions lues sur le diagramme
R1
Plagioclase, quartz, biotite
zone à biotite
environ 435 °C ; 0,43 GPa ; 15 km
R2
Plagioclase, quartz, biotite, muscovite, grenat
zone à grenat
environ 495 °C ; 0,49 GPa ; 18 km
R3
Plagioclase, quartz, biotite, muscovite, grenat, staurotide, disthène
zone à staurotide, champ du disthène
environ 555 °C ; 0,55 GPa ; 20 km
R4
Plagioclase, quartz, biotite, muscovite, sillimanite, grenat
zone à sillimanite
environ 635 °C ; 0,63 GPa ; 23 km
R5
Plagioclase, quartz, biotite, muscovite, sillimanite ; leucosome clair
et mélanosome sombre
anatexie : migmatite
environ 665 °C ; 0,66 GPa ; 24 km
Lecture du tableau
Le quartz et le plagioclase sont présents dans les
cinq roches : leur présence tient à la composition
chimique du protolite, non aux conditions subies. Ce
sont les autres minéraux qui changent, et leur
succession est ordonnée : la biotite d'abord, puis le
grenat, puis la staurotide accompagnée du disthène,
puis la sillimanite, la staurotide et le disthène ayant
alors disparu.
L'observation de R1
L'échantillon R1 et sa lame mince montrent une
roche entièrement cristallisée, à structure foliée : les
minéraux y sont orientés selon des plans parallèles.
On y identifie du quartz, du plagioclase et de la
biotite, sans grenat. R1 appartient donc à la zone à
biotite, la moins transformée des cinq.
Ce que la succession indique
Le passage du disthène à la sillimanite, sans que
l'andalousite ni la cordiérite n'apparaissent jamais,
situe la série dans le domaine des moyennes
pressions. Dans la migmatite R5, la muscovite
subsiste alors que la roche a commencé à fondre : la
fusion s'est engagée avant que la limite de stabilité
du couple muscovite et quartz ne soit franchie, ce
que confirme le diagramme de stabilité.
Champs de stabilité des minéraux et position des roches R1 à R5
400
500
600
700
T (°C)
0,2
0,4
0,6
0,8
1,0
1,2
1,4
P (GPa)
A
And
Ky
And
Sill
Sill
Ky
Biot
Gt
Cord
Std
Std
Musc + Q
R1
R2
R3
R4
R5
Les courbes de réaction délimitent les champs de stabilité des principaux minéraux rencontrés dans les roches. Biot :
biotite. Gt : grenat. And : andalousite. Ky : disthène. Sill : sillimanite. Cord : cordiérite. Std : staurotide. Q : quartz.
Musc : muscovite. A : courbe d'anatexie.
les cinq roches du dôme du Lévezou et le gradient métamorphique de terrain qu'elles définissent : 28 °C par
kilomètre d'enfouissement
Comment placer une roche
Chaque minéral n'est stable que dans un champ délimité par
des courbes de réaction ; le domaine d'une roche est
l'intersection des champs de tous les minéraux qu'elle contient.
R3 associe staurotide et disthène : elle se place entre les deux
courbes Std et du côté du disthène par rapport à la courbe qui
le sépare de la sillimanite. Chaque limite porte, de part et
d'autre, le nom du minéral qui y est stable. Un assemblage
définit ainsi une aire, non un point : c'est en admettant que les
cinq roches appartiennent à un même gradient que chaque aire
se resserre en un point.
Le gradient obtenu
Les cinq points sont alignés : de 435 °C sous 0,43 GPa à 665
°C sous 0,66 GPa. La droite qui les joint n'est pas un
géotherme : elle ne donne pas l'état thermique de la croûte à
un instant donné, mais réunit les conditions maximales qu'ont
enregistrées cinq roches aujourd'hui voisines, atteintes
chacune au moment où elle était le plus enfouie. C'est un
gradient métamorphique de terrain.
Moyenne pression, haute température
Ce gradient se caractérise par la pente de cette droite. De R1 à
R5, la température s'élève de 230 °C tandis que la pression
n'augmente que de 0,23 GPa : le rapport vaut 1 000 degrés par
gigapascal, soit, pour une croûte où 1 GPa vaut 36 kilomètres,
28 degrés par kilomètre d'enfouissement. Sous un gradient de
subduction, voisin de 8 degrés par kilomètre, le même
échauffement s'accompagnerait de 0,8 GPa de plus : la droite
serait trois à quatre fois plus redressée et quitterait le cadre
par le bas dès 420 °C. Au-delà de 50 degrés par kilomètre, elle
serait au contraire presque horizontale et traverserait le champ
de l'andalousite. Aucune de ces deux pentes ne rend compte
des assemblages observés.
Ce que cela démontre
Des sédiments déposés en surface se sont retrouvés sous plus
de vingt kilomètres de roches, puis sont revenus à
l'affleurement. À 0,66 GPa, la courbe d'anatexie donne un
début de fusion vers 650 °C : R5, portée à 665 °C, a dépassé
cette température et a partiellement fondu, la muscovite
subsistant puisque la courbe Musc + Q n'est pas franchie. Un
tel enfouissement de matériel superficiel, accompagné de la
foliation des roches, suppose un épaississement de la croûte
sous contrainte compressive.
Zones métamorphiques du dôme du Lévezou et position des cinq roches. Z.ch : zone à chlorite ; Z.bi : à biotite ; Z.gt : à
grenat ; Z.st : à staurotide ; Z.si : à sillimanite ; Z.si ± fk : à sillimanite et feldspath potassique ; Z.cd : à cordiérite ;
Z.and + si : à andalousite et sillimanite.
Carte d'après C. Nicollet, thèse, université de Montpellier, 1978.
Ce que montre le document
Une carte des zones du métamorphisme dans le dôme du
Lévezou, en Rouergue, à l'extrémité sud du Massif central. Les
limites tracées sont des isogrades, lignes qui joignent les points
où un minéral apparaît pour la première fois. Elles délimitent,
du pourtour vers le cœur du dôme, une zone à chlorite (Z.ch),
une zone à biotite (Z.bi), une zone à grenat (Z.gt), une zone à
staurotide (Z.st) et une zone à sillimanite (Z.si), à laquelle
succède un secteur où s'ajoute le feldspath potassique (Z.si ±
fk). Les cinq échantillons R1 à R5 jalonnent cette succession.
Analyse
Les isogrades sont emboîtés : l'intensité du métamorphisme
croît vers le cœur du dôme. Les cinq roches dérivent d'un même
protolite, une roche sédimentaire détritique déposée en
surface ; leurs assemblages minéralogiques distincts ne peuvent
donc pas venir de la composition initiale, mais des seules
conditions de pression et de température subies. Ces
transformations se sont faites à l'état solide, sauf dans la
migmatite R5, où une fraction de la roche a fondu.
Ce que cela démontre
Les zones dessinent des courbes emboîtées et l'intensité du
métamorphisme croît vers le cœur du dôme : c'est là que les
roches ont été le plus profondément enfouies. Sur quelques
kilomètres de distance horizontale affleurent donc des roches
formées entre 15 et 24 kilomètres de profondeur, sous un
gradient de moyenne pression et de haute température. Un tel
enfouissement de sédiments déposés en surface suppose un
épaississement de la croûte, et leur retour à l'affleurement,
l'érosion de l'épaisseur de terrains qui les recouvrait. Le dôme
du Lévezou appartient à la chaîne varisque, vieille d'environ 300
millions d'années, et non aux Alpes : il donne à voir, dégagée
par l'érosion, la racine métamorphique que construit une
collision. Dans les Alpes, un métamorphisme comparable est
atteint dans le dôme lépontin, où il conduit lui aussi à la fusion
partielle.
Documents d'après C. Nicollet, thèse, université de Montpellier, 1978
La radiolarite
ROCHE
Affleurement de radiolarites à Cesana Torinese, Alpes cottiennes, à proximité du massif du
Chenaillet. Photographie ffigon, Flickr, CC BY-SA 2.0
Description
Une paroi rocheuse en place, où alternent des bancs centimétriques à
décimétriques, subhorizontaux et bien parallèles : les uns lie-de-vin à brun rouge,
les autres gris vert olive. Certains bancs se débitent en plaquettes. Deux filons
blancs de quartz recoupent obliquement la stratification.
Analyse
Le litage régulier et la finesse du grain sont ceux d'une roche sédimentaire déposée
dans un milieu calme. Sa composition est presque exclusivement siliceuse : elle
provient de l'accumulation des squelettes de radiolaires, organismes planctoniques
à test de silice. Un tel dépôt n'est possible qu'au-dessous de la profondeur de
compensation des carbonates, au-delà d'environ 4000 m : plus haut, les tests
calcaires s'accumuleraient aussi et donneraient un calcaire. La teinte rouge vient
des oxydes de fer, indice d'une sédimentation très lente.
Ce que cela démontre
Trouver des radiolarites sur une ophiolite alpine établit que le plancher qui les
porte était déjà profond, donc que l'océan alpin avait déjà connu une longue
expansion. La datation de ces roches situe cette expansion entre 180 et 170 Ma : la
radiolarite date l'océan lui-même.
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La molasse du bassin d'avant-pays
ROCHE
Paroi de molasse au nord-ouest de Seltmans, Allgäu, Bavière : alternance de conglomérats et de
bancs gréseux de la molasse d'eau douce supérieure. Photographie Geolina163, Wikimedia
Commons, CC BY-SA 4.0
Description
Trois bancs sédimentaires superposés, séparés par des surfaces de stratification
subhorizontales. Le banc supérieur est un conglomérat massif ocre-gris à galets
centimétriques à décimétriques, arrondis, de couleurs variées, emballés dans une
matrice gréseuse. Le banc médian est un grès fin rose-beige, finement lité, où se
lisent des lamines millimétriques parallèles. Le banc inférieur est de nouveau
conglomératique.
Analyse
Les galets sont arrondis : ils ont été transportés sur une certaine distance par un
courant assez puissant pour les user, puis déposés brutalement. Leur diversité de
nature indique des sources variées. L'alternance de conglomérats grossiers et de
grès fins traduit des variations d'énergie du milieu, caractéristiques d'un système
fluviatile alimenté par un relief proche. Ces dépôts sont détritiques : ils sont faits
de débris de roches préexistantes.
Ce que cela démontre
Une molasse est le produit du démantèlement d'une chaîne de montagnes,
accumulé dans les bassins qui la bordent. Sa seule existence prouve donc qu'un
relief se soulevait et s'érodait au moment du dépôt, et son âge date cette
surrection. Dans les Alpes, les molasses des bassins d'avant-pays enregistrent ainsi
une surrection entretenue depuis environ 35 Ma.
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Le granite du socle varisque
ROCHE
échantillon, environ 9 cm de large
lame mince en lumière polarisée analysée
Échantillon : Wikimedia Commons, CC0.
Description
L'échantillon est entièrement cristallisé : tous les cristaux sont visibles à l'œil nu et
jointifs, sans pâte ni verre entre eux, et leur taille est de l'ordre du millimètre à
quelques millimètres. Trois familles se distinguent : des plages blanches et grises
translucides, des plages blanc mat, et de petites lamelles noires brillantes. La lame
mince montre la même organisation au microscope : des cristaux jointifs, sans
orientation privilégiée ; quartz en plages grises à extinction uniforme, feldspaths
dont certains portent de fines macles parallèles, biotite en lamelles très colorées.
Analyse
Une roche entièrement cristallisée, sans verre, a une structure grenue : tous les
minéraux ont eu le temps de croître, ce qui suppose un refroidissement lent, donc
en profondeur. Le granite est ainsi une roche plutonique. Sa composition, riche en
silice et en aluminium, associe quartz, feldspaths et micas ; c'est elle qui lui donne
une masse volumique voisine de 2,7 g/cm³, nettement inférieure à celle des roches
du manteau.
Ce que cela démontre
Le granite est la roche caractéristique de la croûte continentale. Dans les Alpes, les
granites des massifs cristallins externes, Belledonne, Pelvoux et Mont-Blanc, ont
été mis en place lors de l'orogenèse varisque, achevée vers 300 Ma : ils sont
antérieurs à toute l'histoire alpine et constituent le socle sur lequel elle s'est écrite.
Leur faible masse volumique explique aussi que la croûte continentale résiste à
l'enfoncement lors de la collision.
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Le gneiss du socle varisque
ROCHE
échantillon rubané, environ 7 cm de large
lame mince d'orthogneiss en lumière polarisée analysée
Photographies James St. John et Wikimedia Commons, CC BY 2.0 et CC BY-SA 3.0
Description
L'échantillon montre une alternance régulière de lits clairs, blancs à gris
translucide, faits de cristaux grenus de 2 à 5 mm, et de lits sombres, gris-noir et
finement pailletés, épais de quelques millimètres à un centimètre. Ces lits sont
continus d'un bord à l'autre de l'échantillon et strictement parallèles. En lame
mince, deux bandes de minéraux allongés, aux teintes vives, traversent le champ
dans la même direction ; entre elles s'étend une plage de cristaux à joints droits.
Analyse
Les minéraux sont les mêmes que dans un granite, quartz, feldspaths et micas,
mais ils ne sont plus répartis au hasard : ils sont ségrégés en lits et orientés dans
un même plan. Cette organisation, la foliation, s'acquiert à l'état solide, sous l'effet
conjugué d'une contrainte orientée et d'une élévation de la pression et de la
température. La roche n'a pas fondu, elle s'est recristallisée : il s'agit d'un
métamorphisme.
Ce que cela démontre
Un gneiss enregistre un enfouissement. Sa présence au cœur des massifs
cristallins externes, aux côtés des granites, indique que ce socle a déjà été porté en
profondeur puis exhumé au cours d'un cycle antérieur, le cycle varisque. Les gneiss
alpins proprement dits, ceux des zones internes, enregistrent quant à eux
l'épaississement crustal de la collision.
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La péridotite du manteau lithosphérique
ROCHE
lherzolite en enclave dans un basalte, Eifel
lame mince en lumière polarisée analysée
Échantillon : Wikimedia Commons, domaine public. Lame mince : Wikimedia Commons, CC BY-SA
4.0
Description
L'échantillon est une mosaïque serrée de grains jointifs, millimétriques, à éclat
vitreux. La teinte dominante est un vert amande pâle : c'est l'olivine. S'y détachent
des grains d'un vert sombre, les pyroxènes, et de rares grains noirs opaques. La
bordure de l'échantillon est faite d'un basalte sombre, dans lequel la roche verte
est enclavée. En lame mince, la même mosaïque de cristaux jointifs apparaît en
teintes de polarisation très vives, orangé, magenta, bleu, caractéristiques de
l'olivine.
Analyse
La roche est entièrement cristallisée et dépourvue de quartz comme de feldspath :
sa composition est très différente de celle des roches de la croûte. Faite d'olivine et
de pyroxènes, minéraux riches en fer et en magnésium, elle est nettement plus
dense, avec une masse volumique voisine de 3,3 g/cm³. Le fait qu'elle se trouve ici
en enclave dans un basalte est décisif : le magma l'a arrachée en profondeur et
remontée sans qu'elle ait le temps de fondre.
Péridotite initiale et péridotite résiduelle
Toutes les péridotites n'ont pas la même composition. Celle-ci est une lherzolite :
elle contient encore les deux pyroxènes et reste riche en éléments solubles.
Lorsqu'une telle roche subit une fusion partielle, ces éléments partent avec le
magma et le solide restant s'appauvrit : il devient une harzburgite, péridotite
résiduelle. Les deux se ressemblent à l'œil nu ; seule l'analyse chimique les sépare,
comme le montre l'expérience de fusion partielle.
Ce que cela démontre
La péridotite est la roche du manteau : c'est elle qui constitue le manteau
lithosphérique sous le Moho, et l'asthénosphère au-dessous. Sa fusion partielle
donne les magmas basaltiques des dorsales, et son contraste de masse volumique
avec la croûte commande l'équilibre isostatique comme l'entrée en subduction.
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Le basalte en coussins
ROCHE
coussin de basalte, massif du Chenaillet (marteau pour échelle)
lame mince en lumière polarisée analysée, échelle 1 mm
Photographie Saphon A., Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 ; lame mince Wikimedia Commons,
CC BY-SA 4.0
Description
Sur le terrain, la roche forme un coussin presque sphérique d'environ un mètre de
diamètre, calé contre d'autres blocs. Sa surface est parcourue de fractures radiales
partant du centre, et sa croûte externe est plus sombre et plus fine que le cœur. En
lame mince, le champ est occupé par plusieurs centaines de baguettes allongées de
quelques dixièmes de millimètre, disposées en tous sens, entre lesquelles
s'intercalent de petits grains colorés.
Analyse
Les baguettes sont des microlites de plagioclase, les grains colorés des pyroxènes
et des olivines : la roche n'est pas entièrement cristallisée et les cristaux sont
restés très petits. Cette structure microlithique traduit un refroidissement rapide,
qui n'a pas laissé aux cristaux le temps de croître. La forme en coussin et la croûte
vitreuse en donnent la cause : la lave a été trempée au contact de l'eau de mer,
chaque lobe se figeant en surface pendant que son cœur restait fluide.
Ce que cela démontre
Le basalte constitue la partie supérieure de la croûte océanique. Il a la même
composition chimique et minéralogique que le gabbro qui le sous-tend, parce qu'il
provient du même magma : seule la vitesse de refroidissement, et donc la
structure, les distingue. La présence de coussins au sommet d'une ophiolite atteste
une mise en place sous l'eau, et donc l'existence d'un océan aujourd'hui disparu.
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Le gabbro de la croûte océanique
ROCHE
Gabbro récolté au niveau d'une dorsale. Photographies C. Nicollet
Ce que montre le document
En haut, l'échantillon scié et poli : une roche entièrement cristallisée, où alternent
des plages blanches à beige clair, en lattes rectangulaires imbriquées, et des
plages noires. Les cristaux, jointifs, mesurent de quelques millimètres à un
centimètre et ne montrent aucune orientation privilégiée. En bas, la lame mince en
lumière polarisée analysée : les pyroxènes prennent des teintes jaune vif à orangé,
les plagioclases restent blancs et gris et portent de fines macles parallèles.
Analyse
La roche est essentiellement bi-minérale, plagioclase et pyroxène, et sa structure
est grenue. Une cristallisation complète suppose un refroidissement lent, donc en
profondeur, sous le plancher océanique. L'absence d'orientation privilégiée des
cristaux confirme qu'il s'agit d'une roche magmatique et non d'une roche
métamorphique, où les minéraux s'aligneraient.
Ce que cela démontre
Le gabbro forme la partie inférieure de la croûte océanique, sous les basaltes. Il a
exactement la même composition qu'eux et provient du même magma : c'est la
vitesse de refroidissement qui explique que l'un soit grenu et l'autre microlithique.
Retrouver ce couple basalte - gabbro dans une ophiolite alpine revient donc à y
reconnaître un fragment de plancher océanique.
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La structure profonde des Alpes : coupe et carte du Moho
SCHÉMA
coupe le long du profil ECORS-CROP, de Mâcon à Turin
profondeur du Moho sous les Alpes, en kilomètres
Coupe : P. Vialon, 1986, versée sur Wikimedia Commons par J.-P. Gratier, CC BY-SA 4.0. Carte :
Michailos et al., 2023, Earth System Science Data, données AlpArray, CC BY 4.0
Ce que montre le document
En haut, une coupe orientée nord-ouest - sud-est, de Mâcon à Turin, graduée en
kilomètres de profondeur jusqu'à 50 km. Quatre ensembles y sont distingués : la
croûte supérieure fragile, la croûte inférieure ductile, le manteau supérieur, et les
séries sédimentaires. En bas, la carte de la profondeur du Moho sous l'ensemble de
l'arc alpin, établie à partir du réseau de stations sismologiques AlpArray ; l'échelle
de couleurs va de 20 à 60 km et des courbes joignent les points de même
profondeur.
Analyse
Sous la Bresse et le Jura, la limite entre croûte et manteau est vers 30 km, valeur
ordinaire d'une croûte continentale. Vers le sud-est, cette limite s'enfonce : sous la
Vanoise et le Grand Paradis, du matériel crustal descend au-delà de 50 km. La
carte confirme et généralise : l'avant-pays est en vert, autour de 30 km, tandis
qu'une bande continue de valeurs supérieures à 45 km suit l'axe de la chaîne. La
coupe montre en outre que la structure profonde n'est pas un simple
épaississement homogène : croûte et manteau y sont imbriqués en écailles
superposées, et un coin de manteau remonte à faible profondeur près de Turin.
Ce que cela démontre
Sous une chaîne de collision, la croûte continentale est deux fois plus épaisse que
sous une plaine : c'est la racine crustale, contrepartie en profondeur du relief
observé en surface. L'empilement d'écailles séparées par des chevauchements
constitue le prisme de collision. Épaississement et raccourcissement sont donc les
deux faces d'un même phénomène, et le relief n'en est que la partie visible.
Précision
La coupe est une coupe prévisionnelle, établie en 1986 avant le tir du profil
sismique ECORS-CROP, puis validée par les données acquises en 1986 et 1987.
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L'éclogite à jadéite et grenat du mont Viso
ROCHE
échantillon d'éclogite à grenat et omphacite
lame mince d'éclogite du mont Viso en lumière polarisée non analysée
Échantillon : photographie James St. John, Wikimedia Commons, CC BY 2.0. Lame mince : éclogite
du mont Viso, Alpes occidentales, CC BY-NC
Description
L'échantillon est fait d'une trame vert vif, à grain fin et éclat vitreux, dans laquelle
sont dispersés de nombreux grains arrondis brun-rouge de quelques millimètres.
En lame mince, ces grains apparaissent comme des sections hexagonales ou
arrondies, rose-beige, sans clivage net, réparties dans une matrice vert pâle
finement cristallisée. La roche est entièrement cristallisée.
Analyse
Les grains rouges sont des grenats, la trame verte est faite d'omphacite, pyroxène
sodique proche de la jadéite. Ni plagioclase, ni amphibole hydratée : cette
association ne contient plus d'eau. Or grenat et jadéite ne sont stables qu'au-delà
d'environ 1 GPa, soit plus de 30 km de profondeur, pour des températures qui
restent modérées. Ces minéraux sont en outre plus denses que ceux du gabbro
dont ils dérivent : la roche a gagné en masse volumique en s'enfonçant.
Ce que cela démontre
Un gabbro océanique transformé en éclogite a été enfoui à grande profondeur sans
se réchauffer : c'est la signature d'une subduction. La déshydratation complète qui
accompagne cette transformation libère l'eau qui déclenchera, plus haut, la fusion
partielle du manteau chevauchant. Au mont Viso, ces éclogites sont les roches les
plus profondément enfouies de l'ophiolite alpine.
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L'andésite de l'arc volcanique
ROCHE
andésite à hornblende, mont Shasta, chaîne des Cascades
lame mince en lumière polarisée analysée
Photographies James St. John, Wikimedia Commons, CC BY 2.0, et Wikimedia Commons, CC0
Description
L'échantillon est gris, à pâte fine, dans laquelle se détachent quelques cristaux
visibles à l'œil nu. La lame mince en donne l'explication : un fond sombre, très
finement cristallisé, parsemé d'une multitude de baguettes claires orientées en
tous sens, et, dispersés dans ce fond, quelques grands cristaux, plagioclases blancs
finement maclés et amphibole aux teintes vives.
Analyse
La roche n'est pas entièrement cristallisée : elle associe des microlites, un verre, et
de rares phénocristaux. Cette structure microlithique porphyrique enregistre deux
temps : une première cristallisation lente en profondeur, qui a formé les
phénocristaux, puis un refroidissement brutal en surface, qui n'a laissé se former
que des microlites. La présence d'amphibole, minéral hydroxylé, prouve que le
magma contenait de l'eau ; sa teneur en silice, supérieure à celle d'un basalte, rend
la lave visqueuse.
Ce que cela démontre
L'andésite est la roche volcanique caractéristique des zones de subduction. La
viscosité de son magma, liée à sa richesse en silice, et la présence d'eau dissoute
expliquent le caractère explosif de ce volcanisme. Sa composition renvoie à un
magma issu de la fusion partielle de péridotites hydratées, et non de péridotites
sèches comme à la dorsale.
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La granodiorite du pluton
ROCHE
granodiorite à amphibole et biotite, échantillon
lame mince en lumière polarisée analysée
Photographies Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Description
L'échantillon est entièrement cristallisé, à grain moyen : tous les cristaux sont
visibles à l'œil nu et jointifs. On y distingue des plages claires, blanches et grises,
et des cristaux sombres, en lamelles et en prismes trapus, plus abondants que dans
un granite. En lame mince, la même mosaïque de cristaux jointifs apparaît, sans
verre ni microlite.
Analyse
La structure est grenue : le magma a cristallisé lentement, en profondeur, dans un
pluton. La composition minéralogique associe quartz, plagioclases, feldspath
potassique, biotite et amphibole. La granodiorite est ainsi proche du granite, mais
plus riche en plagioclase et en minéraux ferromagnésiens hydroxylés. Sa
composition chimique est presque identique à celle de l'andésite : les deux roches
proviennent du même magma, seule la vitesse de refroidissement les sépare.
Ce que cela démontre
Le couple granodiorite - andésite reproduit, dans les zones de subduction, la
relation gabbro - basalte des dorsales : une même composition, deux structures.
Les plutons de granodiorite constituent de la croûte continentale nouvelle : c'est ce
que l'on appelle l'accrétion continentale, principal mécanisme de production de
croûte continentale récente.
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Le gabbro lité, ou cumulat
ROCHE
gabbros lités de l'ophiolite d'Oman (le géologue donne l'échelle)
lame mince d'un cumulat en lumière polarisée analysée
Affleurement : ophiolite de Semail, Oman, Wikimedia Commons, CC BY 3.0. Lame mince :
intrusion litée de Rum, Écosse, Wikimedia Commons, CC BY 3.0
Description
La paroi, haute d'une quinzaine de mètres, montre une alternance régulière et
continue de lits clairs, blanc gris, et de lits sombres, gris foncé à noir, d'épaisseur
centimétrique à décimétrique. En lame mince, une trame dense de fines lattes de
plagioclase, grossièrement orientées, enveloppe de grands cristaux de pyroxène.
Analyse
Ce litage n'est pas une stratification sédimentaire : la roche est magmatique et
entièrement cristallisée. Il résulte de la cristallisation fractionnée dans la chambre
magmatique. Les premiers minéraux formés, olivine et pyroxènes, plus denses que
le liquide, sédimentent au fond de la chambre ; les plagioclases, moins denses, se
déposent séparément. L'accumulation de ces cristaux, lit après lit, donne un
cumulat, et le litage traduit la succession des épisodes de cristallisation.
L'orientation des lattes de plagioclase, acquise pendant le dépôt, en est la marque
à l'échelle du microscope.
Ce que cela démontre
Le liquide qui reste après le départ de ces cristaux n'a plus la même composition
que le magma initial : la cristallisation fractionnée fait évoluer le magma. Les
gabbros lités occupent la base de la croûte océanique, sous les gabbros isotropes :
ils s'accumulent donc sous le magma qui les produit, ce qui explique leur position
dans la colonne océanique.
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Plancher, Moho et isotherme 1300 °C selon l'âge de la lithosphère océanique
SCHÉMA
Évolution de la lithosphère océanique au cours de l'expansion océanique
Ce que montre le document
Un graphique donnant trois profondeurs en fonction de l'âge de la lithosphère
océanique, de 0 à 100 millions d'années : la surface de la croûte, c'est-à-dire le
plancher océanique ; le Moho ; et la LVZ, zone à moindre vitesse assimilée à
l'isotherme 1300 °C. Le plancher passe d'environ 2,8 km à l'axe à 6,2 km à 100
millions d'années, le Moho de 9,3 à 12,8 km, l'isotherme 1300 °C d'une position
confondue avec le Moho à environ 107 km.
Analyse
L'écart entre le plancher et le Moho, qui mesure l'épaisseur de la croûte océanique,
vaut 6,5 km et ne varie pas : la croûte n'est ni construite ni détruite après son
passage à l'axe, elle ne fait que s'enfoncer. Tout l'épaississement porte donc sur le
manteau lithosphérique, compris entre le Moho et l'isotherme 1300 °C :
d'épaisseur nulle à l'axe, il atteint environ 29 km à 10 millions d'années, 59 km à
40 millions d'années et 94 km à 100 millions d'années. Ces valeurs varient comme
la racine carrée de l'âge : entre 10 et 100 millions d'années l'épaisseur est
multipliée par 3,2, quand la racine carrée de 10 vaut 3,16.
Ce que cela démontre
Une seule cause rend compte des trois courbes : le refroidissement. En s'éloignant
de l'axe, la lithosphère perd de la chaleur, l'isotherme 1300 °C s'enfonce, et les
péridotites asthénosphériques qu'elle franchit passent dans la lithosphère : celle-ci
s'épaissit, sa masse volumique moyenne augmente, et l'isostasie impose
l'enfoncement du plancher. À l'âge zéro, en revanche, l'isotherme 1300 °C affleure
sous le Moho : l'asthénosphère atteint la base de la croûte à l'aplomb de l'axe, ce
qui est la condition même de la fusion partielle par décompression.
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Le domaine de fusion partielle de la péridotite
SCHÉMA
Conditions de pression et de température dans le manteau sous une dorsale
Ce que montre le document
Un diagramme pression - température : la pression est graduée à gauche de 0 à 7,5
GPa, la profondeur correspondante à droite jusqu'à 240 km. Trois géothermes y
figurent, continental moyen, océanique moyen et sous une dorsale, ainsi que le
solidus et le liquidus de la péridotite, qui délimitent trois champs : solide, liquide +
solide, liquide. Dans le champ intermédiaire, quatre courbes donnent le taux de
fusion : 5, 10, 15 et 20 %.
Analyse
Les trois géothermes se distinguent nettement. Sous un continent ou sous une
plaine abyssale, la température atteinte reste, à toute profondeur, inférieure à la
température de fusion partielle de la péridotite : celle-ci se trouve dans le champ
du solide, elle ne fond pas. Sous une dorsale, le géotherme est bien plus chaud et
pénètre dans le champ liquide + solide : la même péridotite s'y trouve
partiellement fondue. Les courbes de taux montrent que la proportion de liquide
reste faible, de l'ordre de 5 à 20 % ; le liquidus, situé très loin à droite, n'est jamais
atteint.
Ce que cela démontre
Sous une dorsale, une même roche est donc pour partie liquide et pour partie
solide : la fusion partielle est un état, non un événement bref. Elle produit deux
matériaux complémentaires, un magma qui s'échappe vers le haut et un résidu
solide qui reste en place. Ce n'est pas la chaleur qui change lors de la remontée
adiabatique, mais la pression.
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La composition des magmas issus de la fusion partielle
SCHÉMA
Fusion partielle expérimentale d'un échantillon de péridotite
Ce que montre le document
Le protocole et les résultats d'une expérience : de la péridotite broyée est placée
dans une cellule à enclumes de diamant, portée à des pressions et des
températures provoquant une fusion partielle de 5 à 40 %, et le liquide obtenu est
analysé. Le tableau donne, en pourcentage de masse, la composition de la
péridotite de départ, celle des liquides obtenus pour six taux de fusion, celle d'un
basalte de dorsale et celle d'une péridotite appauvrie.
Analyse
La péridotite de départ contient 44,9 % de SiO₂, 3,2 % de Al₂O₃, 40 % de MgO et
3 % de CaO. Les liquides obtenus en diffèrent profondément : ils sont plus riches
en silice, en aluminium, en calcium, en sodium et en potassium, et beaucoup plus
pauvres en magnésium. Le résidu fait exactement l'inverse : la péridotite appauvrie
ne conserve que 0,5 % de Al₂O₃ et 0,1 % de CaO, mais renferme 49,6 % de MgO. La
comparaison avec le basalte de dorsale, à 48 % de SiO₂, 14,3 % de Al₂O₃, 12 % de
MgO et 12 % de CaO, désigne un liquide précis : celui obtenu pour 10 % de fusion,
qui titre 48 % de SiO₂, 13,2 % de Al₂O₃, 12 % de MgO et 12,6 % de CaO.
Ce que cela démontre
La fusion partielle ne donne pas un liquide de même composition que la roche
fondue : les éléments les plus solubles passent préférentiellement dans le magma,
les éléments réfractaires restent dans la phase solide. L'expérience reproduit la
composition du basalte des dorsales pour un taux de fusion voisin de 10 %, ce qui
valide le modèle : le basalte océanique est bien le produit d'une fusion partielle
limitée des péridotites du manteau.
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Les marges passives conjuguées de Galice et de Terre-Neuve
SCHÉMA
Profils de sismique réflexion et coupes interprétatives
Ce que montre le document
En haut, la localisation de trois couples de marges conjuguées de part et d'autre de
l'Atlantique, puis deux profils de sismique réflexion, l'un de la marge de
Terre-Neuve, l'autre de la marge de Galice. En bas, l'interprétation de ces profils :
deux coupes légendées jusqu'à 30 km de profondeur, où sont distingués la croûte
supérieure cassante, la croûte inférieure ductile, le manteau serpentinisé et le
manteau sous-continental, ainsi que les failles listriques, les failles de détachement
et trois générations de sédiments.
Analyse
Les deux marges sont l'image l'une de l'autre : de part et d'autre du même océan,
on retrouve les mêmes blocs limités par des failles listriques, la même croûte
continentale amincie et les mêmes sédiments. Les coupes distinguent, en allant
vers le large, un domaine aminci, un domaine hyper-étendu, puis un domaine où le
manteau lui-même est exhumé le long de failles de détachement et serpentinisé par
l'eau de mer. L'amincissement n'est donc pas régulier : il croît jusqu'à faire
disparaître la croûte continentale.
Ce que cela démontre
Deux marges conjuguées sont les deux moitiés d'un même rift, séparées par
l'expansion océanique : leur symétrie enregistre la déchirure d'un continent. Le
manteau exhumé et serpentinisé avant toute accrétion montre en outre que la
fusion partielle n'intervient qu'après une longue période de distension, ce qui est
précisément le cas des marges de l'océan alpin.
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Lithosphère océanique et ophiolites : quatre logs comparés
SCHÉMA
Comparaison de la lithosphère océanique actuelle et de trois ophiolites, alpines et omanaise
Ce que montre le document
Quatre colonnes verticales calées sur une même échelle de profondeur graduée
jusqu'à 9 km. À gauche, la lithosphère océanique actuelle, avec les vitesses des
ondes P mesurées dans chaque niveau : 1,6 à 2,5 km/s dans les sédiments, 6,4 à 7
km/s dans la croûte, 8 km/s sous le Moho. À droite, trois ophiolites : celle d'Oman,
celle du Chenaillet et celle de Lago Nero-Replatte.
Analyse
L'ophiolite d'Oman reproduit la succession complète et épaisse de la lithosphère
océanique : sédiments, basaltes en coussins, complexe filonien, gabbros,
péridotites. Le Chenaillet est tout autre : sous une mince couverture de sédiments
et d'ophicalcites viennent une simple lentille de gabbros, puis directement des
péridotites serpentinisées ; il n'y a pas de complexe filonien et l'ensemble ne
dépasse guère 1,5 km d'épaisseur. Lago Nero-Replatte se réduit à des sédiments
reposant sur des péridotites serpentinisées.
Ce que cela démontre
Toutes ces successions sont des fragments de lithosphère océanique, mais elles
n'ont pas été produites par le même type de dorsale. Oman correspond au modèle
d'une dorsale rapide, à magmatisme abondant. Le Chenaillet et Lago
Nero-Replatte, où le manteau serpentinisé occupe presque toute la colonne,
correspondent à une dorsale lente : c'est celle qui a ouvert l'océan alpin.
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La profondeur des isothermes en fonction de la distance à l'axe
SCHÉMA
Profondeur des isothermes sous une dorsale
Ce que montre le document
Une coupe symétrique de part et d'autre de l'axe d'une dorsale, l'axe horizontal
donnant la distance à cet axe jusqu'à 4000 km de chaque côté, l'axe vertical la
profondeur jusqu'à 75 km. Cinq isothermes y sont tracées, de 300 à 1300 °C. Deux
repères de bathymétrie figurent la profondeur du plancher : environ 2500 m à
l'axe, 4000 m au loin.
Analyse
Toutes les isothermes remontent en pointe jusqu'à la surface à l'aplomb de l'axe,
puis s'approfondissent régulièrement en s'en éloignant. L'isotherme 1300 °C, qui
définit par convention la limite entre lithosphère et asthénosphère, passe ainsi de
la surface à l'axe à environ 80 km de profondeur à 4000 km de distance : la
lithosphère océanique s'épaissit en s'éloignant de la dorsale. Comme la croûte, elle,
garde la même épaisseur, cet épaississement se fait entièrement aux dépens de
l'asthénosphère, dont les péridotites, en refroidissant, passent dans la lithosphère.
Simultanément le plancher s'approfondit de 2500 à 4000 m.
Ce que cela démontre
La distance à l'axe se convertit en âge, puisque la lithosphère s'écarte à vitesse
constante : ce graphique décrit donc le vieillissement de la lithosphère océanique.
Son refroidissement, son épaississement, l'augmentation de sa masse volumique et
l'approfondissement du plancher sont quatre conséquences d'un même
phénomène.
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La zonation métamorphique des Alpes occidentales
SCHÉMA
Carte de la zonation métamorphique simplifiée des Alpes
Ce que montre le document
Une carte des Alpes occidentales, de Genève à Nice, où sont reportés le
Mont-Blanc, le Grand Paradis, Dora Maira, le Chenaillet, le Queyras et le Viso.
Quatre domaines métamorphiques y sont distingués, du métamorphisme de faible
degré au faciès des éclogites en passant par les faciès des schistes verts et des
schistes bleus, ainsi que les affleurements d'ophiolites.
Analyse
Les domaines se succèdent en bandes allongées, orientées nord-nord-est à
sud-sud-ouest, d'intensité croissante d'ouest en est : le métamorphisme de faible
degré occupe la bordure externe, puis viennent le faciès des schistes verts, un
large domaine de schistes bleus, enfin le domaine éclogitique, le plus interne. Les
ophiolites jalonnent cette zone interne : le Chenaillet et le Queyras à l'ouest, le Viso
et Dora Maira plus à l'est. Or l'intensité du métamorphisme mesure la profondeur
d'enfouissement : celle-ci croît donc régulièrement vers l'est.
Ce que cela démontre
Dans une subduction, l'enfouissement est d'autant plus profond que l'on se
rapproche de la plaque chevauchante. Le gradient observé, croissant vers l'est,
impose donc que la plaque chevauchante était à l'est : c'est la lithosphère de la
plaque eurasiatique, à l'ouest, qui est entrée en subduction sous la plaque
apulienne. La carte donne ainsi le sens de la subduction alpine.
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Les fumeurs noirs et la circulation hydrothermale
DOCUMENT
Circulation d'eau dans la lithosphère océanique
Ce que montre le document
À gauche, une photographie sous-marine : un panache sombre et dense s'échappe
d'une cheminée posée sur le plancher. À droite, un schéma en coupe des boucles
hydrothermales. Deux encadrés comparent l'eau de mer qui s'infiltre, froide à 2 °C,
faiblement basique, et le fluide hydrothermal qui ressort, chaud de 350 à 400 °C,
acide, chargé en minéraux.
Analyse
L'eau de mer pénètre par les fractures de la lithosphère encore chaude, se
réchauffe au voisinage de la chambre magmatique, devient moins dense et
remonte : la boucle s'entretient d'elle même. Au cours de ce trajet, l'eau réagit avec
les basaltes et les gabbros qu'elle traverse : elle en extrait des éléments et y
dépose des minéraux hydratés. La couleur du panache vient des sulfures précipités
au contact de l'eau froide ; la réaction entre les ions calcium et sulfate donne du
sulfate de calcium qui édifie la cheminée.
Ce que cela démontre
Cette circulation est le moteur du métamorphisme hydrothermal, de basse pression
et basse température : elle hydrate les gabbros, qui deviennent des métagabbros à
hornblende puis à chlorite et actinote, et serpentinise les péridotites. C'est au fond
des océans, et non en subduction, que la croûte océanique se charge de l'eau
qu'elle libérera plus tard.
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Les massifs cristallins externes aujourd'hui
PANORAMA
Grand Pic de Belledonne vu de la Grande Lance de Domène, Isère. Photographie Bouvierjr,
Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Ce que montre le document
Une arête sommitale déneigée, culminant en une pointe aiguë flanquée d'aiguilles
secondaires. La roche est uniformément gris sombre, massive, sans aucune
stratification : elle se débite en arêtes anguleuses et en dalles raides, et alimente
de vastes talus d'éboulis clairs.
Analyse
L'absence de litage exclut une roche sédimentaire : il s'agit du socle cristallin, fait
de granites et de gneiss. Ces roches constituent les massifs cristallins externes des
Alpes, Belledonne, Pelvoux et Mont-Blanc, dont la radiochronologie situe la mise en
place au Paléozoïque, lors de l'orogenèse varisque achevée vers 300 Ma. Elles sont
donc antérieures à toute l'histoire alpine : ce sont elles qui ont été fracturées au
Trias, puis reprises dans la chaîne.
Ce que cela démontre
Une chaîne de collision ne se construit pas sur un terrain vierge : elle remobilise le
socle d'un cycle antérieur. Ce que l'on observe ici, ce sont les racines aplanies de la
chaîne varisque, portées en altitude par l'orogenèse alpine, puis dégagées par
l'érosion.
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Le plateau des lacs de l'Alpe d'Huez aujourd'hui
PANORAMA
Le lac Noir depuis le lac Besson, plateau des lacs, Huez, Isère, vers 2000 m. Photographie Remih,
Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Ce que montre le document
Un plateau d'altitude où alternent, selon une même direction, des ressauts rocheux
allongés et des dépressions occupées par des lacs. Le premier plan montre des
dalles et des blocs de roche affleurant sous la pelouse ; au fond, par-dessus une
mer de nuages, la ligne de crêtes du massif des Écrins.
Analyse
Cette alternance régulière de bourrelets et de creux, tous parallèles, ne peut
résulter du seul travail des glaciers, qui suivent la pente : elle est guidée par des
accidents du substratum. Chaque ressaut correspond à un compartiment de socle
granitique et de sa couverture triasique, limité par une faille normale, et chaque
dépression au compartiment abaissé voisin. Le profil topographique relevé sur ce
plateau, document 3, en donne la géométrie exacte : ce sont des blocs basculés.
Ce que cela démontre
Le paysage porte la trace directe du rifting continental : ces compartiments sont
ceux d'une marge passive fossilisée dans la chaîne, aujourd'hui exhumée à 2000 m
d'altitude et polie par les glaciers quaternaires. La structure se lit donc dans le
relief avant même l'étude des roches.
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Le mont Viso et le Queyras aujourd'hui
PANORAMA
le mont Viso (3841 m), Alpes cottiennes, versant italien
les schistes lustrés du Queyras, au sommet du pic de Caramantran (3009 m)
Photographies Gianluigi Buttarelli et Pline, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Ce que montre le document
En haut, la pyramide sommitale du mont Viso : des parois très redressées, d'un gris
sombre à gris verdâtre, striées de couloirs et coupées de bandes brun rouille dans
la partie haute. En bas, l'affleurement sommital du pic de Caramantran, dans le
Queyras : une roche gris bleuté qui se débite en dalles plates de quelques
centimètres d'épaisseur, largement descellées.
Analyse
Le massif du Viso est bâti dans une ophiolite, c'est-à-dire dans un fragment de
plancher océanique : les teintes vert sombre sont celles des métabasaltes et des
métagabbros, les bandes rouille celles de leur altération. Les roches du Queyras
sont des schistes lustrés, sédiments océaniques métamorphisés ; leur débit en
dalles planes traduit la schistosité acquise sous contrainte, à l'état solide. Dans les
deux cas, la roche porte les minéraux du métamorphisme de haute pression et
basse température : glaucophane dans le Queyras, jadéite et grenat au Viso.
Ce que cela démontre
Ces deux massifs exposent, à plus de 3000 m d'altitude, des roches formées sur le
plancher de l'océan alpin puis enfouies en subduction. Contrairement au
Chenaillet, resté en surface, elles ont plongé avec la plaque avant d'être
exhumées : ce sont les témoins de la fermeture de l'océan.
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Le massif de Dora Maira aujourd'hui
PANORAMA
Haute vallée du Pô, massif de Dora Maira, Piémont, avec le mont Viso à l'arrière-plan.
Photographie Felsbrunn, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Ce que montre le document
Une vue d'automne prise depuis un versant de la haute vallée du Pô : au plan
moyen, deux versants boisés aux formes lourdes et arrondies, séparés par une
entaille profonde en V ; à l'arrière-plan, une ligne de crêtes enneigées dominée par
la pyramide sombre et aiguë du mont Viso.
Analyse
Les reliefs boisés du premier plan appartiennent au massif de Dora Maira, l'un des
massifs cristallins internes des Alpes. Ce sont des gneiss dérivant de sédiments
continentaux, donc de la croûte continentale. C'est dans ces gneiss qu'ont été
trouvés les grenats à inclusions de coésite. Le contraste de relief avec le Viso, à
l'arrière-plan, oppose deux histoires : d'un côté une croûte continentale subduite
puis exhumée, de l'autre une lithosphère océanique subduite puis exhumée.
Ce que cela démontre
Dora Maira établit que la subduction alpine n'a pas consommé que de la
lithosphère océanique : de la croûte continentale, pourtant peu dense, a été
entraînée au-delà de 90 km de profondeur. C'est le passage de la subduction
océanique à la collision.
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La chaîne alpine aujourd'hui : un chevauchement majeur
PANORAMA
les Tschingelhörner : le front du chevauchement principal de Glaris, Alpes suisses
l'arc alpin vu par le satellite MODIS, 1er avril 2016
Photographie Whgler, Wikimedia Commons, CC BY 4.0 ; image satellite Jeff Schmaltz, MODIS
Land Rapid Response Team, NASA GSFC, domaine public
Ce que montre le document
En haut, une paroi que traverse de part en part une discontinuité rectiligne et
quasi horizontale, suivie sans interruption sur toute la largeur de l'image.
Au-dessus de ce trait, une roche sombre, gris verdâtre, découpée en aiguilles ; en
dessous, une roche nettement plus claire, massive, en falaises verticales. En bas,
l'arc alpin vu du satellite : une bande neigeuse continue qui court des Alpes
maritimes aux Alpes orientales, entaillée d'un réseau ramifié de vallées.
Analyse
La discontinuité est une surface de chevauchement. Elle sépare deux ensembles
d'âges très différents : les roches sombres qui la surmontent sont des dépôts
continentaux du Permien, vieux d'environ 250 à 300 Ma ; les roches claires qu'elle
recouvre sont des calcaires et des flyschs bien plus récents, jusqu'au Tertiaire. Une
série ancienne repose donc sur une série récente : le principe de superposition est
localement mis en défaut, ce qui n'est possible que par un déplacement tectonique,
ici d'une trentaine de kilomètres. À l'échelle de la chaîne, l'image satellite montre
que ce raccourcissement s'exprime par un arc de relief continu.
Ce que cela démontre
Un chevauchement inverse la série stratigraphique : c'est l'indice tectonique le
plus direct du raccourcissement horizontal et de l'épaississement crustal. Répété
sur des dizaines de kilomètres, il donne les nappes de charriage et, en profondeur,
l'empilement d'écailles du prisme de collision.
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La fusion partielle des péridotites : le rôle de l'eau
SCHÉMA
Conditions de fusion expérimentale des péridotites
Ce que montre le document
Un diagramme pression - température : la pression est graduée à gauche en
profondeur, de 0 à 130 km, à droite en gigapascals. Deux courbes vertes sont deux
solidus : chacune limite le domaine du solide, à gauche, et le domaine solide +
liquide, à droite, et donne donc, à chaque pression, la température de fusion
partielle de la roche ; l'une vaut pour une péridotite sèche, l'autre pour une
péridotite hydratée. Deux courbes bleues donnent des géothermes, c'est-à-dire la
température réellement atteinte à chaque profondeur, sous une dorsale et dans une
zone de subduction.
Analyse
La température de fusion partielle de la péridotite sèche croît régulièrement avec
la profondeur : environ 1150 °C en surface, 1450 °C vers 30 km, 1550 °C vers 60
km. Celle de la péridotite hydratée a une tout autre allure : il chute d'abord
fortement, jusqu'à environ 800 °C vers 40 km, avant de remonter lentement. Or à
60 km de profondeur, le géotherme de subduction donne une température voisine
de 1050 °C. Une péridotite sèche placée dans ces conditions se situe dans le
domaine du solide, puisque sa température de fusion partielle y vaut environ 1500
°C. Une péridotite hydratée placée exactement dans les mêmes conditions se situe,
elle, dans le domaine solide + liquide, sa température de fusion partielle n'étant
plus que d'environ 850 °C : elle fond partiellement. Cette différence n'apparaît
qu'au-delà d'environ 40 km, profondeur à partir de laquelle la température de
fusion partielle de la péridotite hydratée passe au-dessous de la température
régnant dans une zone de subduction.
Ce que cela démontre
La fusion partielle à l'origine du magmatisme de subduction n'est pas déclenchée
par un apport de chaleur mais par un apport d'eau, qui abaisse la température de
fusion partielle des péridotites du manteau chevauchant. Cette eau provient de la
déshydratation de la croûte océanique qui plonge. Le mécanisme est donc distinct
de celui de la dorsale : là, la composition de la péridotite ne change pas, et sa
température de fusion partielle sous une pression donnée non plus. C'est la
remontée convective des péridotites qui, par décompression adiabatique, les amène
à température presque constante sous des pressions assez faibles pour que cette
température de fusion partielle devienne inférieure à la leur.
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Les domaines de stabilité des associations minérales
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Ce que montre le document
Un diagramme profondeur - température. Sept domaines numérotés de I à VII y
sont délimités : chacun est celui où une association minérale donnée est stable. Un
domaine de fusion partielle occupe le champ des hautes températures ; le champ
situé en haut à gauche porte la mention « conditions non réalisées dans la nature ».
Analyse
L'association VII, pyroxène + plagioclase, est celle du gabbro non métamorphisé :
elle est stable à faible profondeur et à haute température, conditions de la
cristallisation à la dorsale. Les associations V, hornblende + plagioclase, et IV,
chlorite + actinote + plagioclase, occupent le champ des faibles profondeurs et des
températures modérées : ce sont celles du métamorphisme hydrothermal du
plancher océanique. L'association II, glaucophane + plagioclase, n'est stable
qu'entre une quinzaine et une trentaine de kilomètres de profondeur, pour des
températures inférieures à 400 °C ; les associations I, glaucophane + jadéite, puis
III et VI, à grenat et jadéite, exigent des profondeurs plus grandes encore. Passer
de IV à II puis à III suppose donc une pression croissante et une température qui
reste basse.
Ce que cela démontre
Identifier les minéraux d'un métagabbro revient à le situer dans ce diagramme,
donc à retrouver les conditions de pression et de température qu'il a subies. Un
métagabbro à glaucophane impose un enfouissement de quinze à trente kilomètres
sans réchauffement notable. Un tel couple pression élevée - température basse
n'est réalisé que dans une lithosphère océanique froide qui plonge assez vite pour
ne pas se réchauffer : c'est la signature d'une subduction.
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L'histoire métamorphique des ophiolites alpines
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Comparaison des métagabbros alpins
Ce que montre le document
Un tableau comparant cinq roches : un gabbro océanique pris comme référence,
deux métagabbros du Chenaillet, un métagabbro du mont Queyras et un
métagabbro du mont Viso. Pour chacun figurent la composition minéralogique, le
domaine de stabilité correspondant, un schéma des relations entre minéraux et les
conditions de pression et de température.
Analyse
Ces cinq roches dérivent toutes du même gabbro océanique, à pyroxène et
plagioclase. Le premier métagabbro du Chenaillet contient de la hornblende, le
second de la chlorite et de l'actinote : des minéraux hydratés de basse pression,
acquis par métamorphisme hydrothermal sur le plancher océanique. Le
métagabbro du Queyras contient du glaucophane, stable entre 0,5 et 1,2 GPa pour
100 à 500 °C ; celui du mont Viso contient du grenat et de la jadéite, stables
au-delà de 1 GPa. Les schémas montrent que les minéraux nouveaux entourent les
anciens sans les faire disparaître : les réactions sont restées incomplètes, la roche
n'ayant pas atteint l'équilibre.
Ce que cela démontre
Issues du même plancher océanique, ces roches n'ont pas suivi la même histoire.
Le Chenaillet s'en est tenu au métamorphisme hydrothermal : il n'a jamais été
subduit. Le Queyras, puis le Viso, enregistrent des pressions croissantes à
température modérée, donc un enfouissement de plus en plus profond en
subduction. La seule comparaison de ces métagabbros établit ainsi que l'océan
alpin a été subduit avant la collision, et que l'enfouissement croît vers l'est.
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Le massif du Chenaillet : panorama et roches à l'affleurement
PANORAMA
Massif du Chenaillet, Hautes-Alpes, altitude 2650 m : panorama et affleurements
Ce que montre le document
En haut, le panorama du massif, qui culmine à 2650 m ; trois zones y sont
repérées. En bas, les roches rencontrées dans chacune : près du sommet, un
empilement de laves en coussins, donc des basaltes ; sur l'arête, des gabbros à
plagioclase clair et pyroxène sombre, recoupés de filons de basalte ; au pied de
l'arête, une serpentinite ; par endroits, des radiolarites reposant sur cet ensemble.
Analyse
La succession basaltes, gabbros, péridotites serpentinisées est celle d'une
lithosphère océanique, à ceci près qu'elle se parcourt ici latéralement, en montant
un versant, et non verticalement : l'ensemble a donc été basculé puis charrié. Les
gabbros ne forment pas une couche continue et les basaltes reposent presque
directement sur les serpentinites : la croûte est mince, signature d'une dorsale
lente. Les radiolarites, qui ne se déposent qu'à grande profondeur, se sont
accumulées sur ce plancher une fois l'océan largement ouvert.
Ce que cela démontre
Ce fragment de plancher océanique, formé sous plusieurs kilomètres d'eau, se
trouve aujourd'hui à 2650 m d'altitude. Il ne porte qu'un métamorphisme
hydrothermal, sans aucune trace de haute pression : il n'a donc jamais été subduit,
mais charrié sur la marge lors de la collision, c'est-à-dire obducté. C'est le témoin
le plus direct de l'océan alpin disparu.
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Les déformations en contexte convergent
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pli
ensemble ductile, plastique
anticlinal
synclinal
compression
Les contraintes compressives s'appliquent ici à un ensemble
ductile, qui se déforme sans se rompre : le bombement est un
anticlinal, le creux un synclinal. La profondeur et la
température favorisent ce comportement.
faille inverse
ensemble fragile, cassant
3
3
2
2
1
1
mur
toit
compression
Les mêmes contraintes appliquées à un ensemble fragile le
rompent : le toit, compartiment situé au-dessus du plan de
faille, monte et recouvre le mur. Sur une verticale, les mêmes
strates sont traversées deux fois.
chevauchement et nappe
ensemble fragile, cassant
3
3
2
2
1
1
déplacement de l'unité
unité charriée
autochtone
1 (ancienne) sur 3 (récente) :
contact anormal
compression
Un chevauchement est une faille inverse peu inclinée. Quand le
déplacement atteint plusieurs dizaines de kilomètres, l'unité
déplacée est une nappe de charriage : des terrains anciens
reposent sur des terrains plus récents.
Sous contraintes compressives, les terrains se raccourcissent horizontalement et s'épaississent verticalement. Le type de déformation dépend du comportement
mécanique des roches : un ensemble ductile se plisse, un ensemble fragile se rompt selon des failles inverses et des chevauchements. Plis, failles inverses et nappes de
charriage sont les indices tectoniques de cet épaississement crustal.
Programme de première spécialité, la dynamique des zones de convergence