La datation absolue

Au XVIIIe et au XIXe, les géologues posent les fondements de la chronologie relative. Cependant, ils ne possèdent aucun moyen de quantifier le temps écoulé entre un phénomène géologique et la période actuelle, c’est à dire de déterminer l’âge absolu du phénomène. Au cours du XXe siècle, la radio-chronologie permet d’estimer l’âge en années (datation absolue) avec plus ou moins de précision des objets et des évènements géologiques et biologiques. La radio-chronologie est basée sur les propriétés de désintégration de certains éléments radioactifs.

Propriétés des atomes radioactifs.

La Terre possède naturellement des atomes radioactifs (élément père: P) qui ont la propriété de se désintégrer en émettant une particule énergétique (électron, photon… à l’origine d’un rayonnement) et en donnant naissance à un autre atome stable (élément fils: F). La réaction est la suivante:
P → F + particule

La vitesse de cette réaction de désintégration à l’instant t est proportionnelle au nombre P d’éléments pères radioactifs: plus la quantité P est élevée, plus la quantité d’éléments F produits est importante, et inversement. Mathématiquement, cette loi fondamentale de la radioactivité s’écrit:
dP/dt = - λ P

dP/dt: la variation de P sur l’intervalle de temps dt (vitesse de désintégration) de signe négatif
λ : le facteur proportionnel ou constante radioactive ( λ = ln2 / T)

La fermeture du système correspond au moment (t0) à partir duquel il n’y a plus d’échange entre les éléments chimiques des minéraux d’une roche et le milieu environnant de cette roche. Une fois le système dit « fermé », la quantité d’isotopes radioactifs susceptibles de se désintégrer diminue. Pour les roches magmatiques et métamorphiques, la fermeture du système correspond au moment de la cristallisation de la roche (température en dessous d’un certain seuil). Généralement les roches sédimentaires ne forment pas un système fermé (contamination avec le milieu extérieur à l’échantillon toujours possible).

Le principe de la méthode 87Rb / 87Sr

Au cours de leur formation, certains minéraux des roches magmatiques et métamorphiques intègrent quelques atomes du rubidium. Son isotope 87 (87Rb) qui est radioactif se désintègre en strontium 87 (87Sr): 87Rb → 87Sr + énergie

Le 87Sr ayant les mêmes propriétés chimiques que le Ca, il peut se substituer au Ca dans les minéraux qui en incorporent. Le 87Rb ayant quant à lui les mêmes propriétés chimiques que le K (potassium) , il peut se substituer au K dans les minéraux qui en incorporent.

La détermination de l’âge d’une roche par cette méthode est complexe car:

Pour surmonter cette difficulté, il faut des mesures provenant d’au moins deux minéraux d’une même roche (minéraux ayant cristallisé en même temps à partir du même magma = minéraux cogénétiques) et prendre en compte un isotope de référence indispensable pour comparer les mesures des différents échantillons. C’est l’isotope 86Sr qui est stable (comme 87Sr) et qui n’est pas radiogénique (contrairement à 87Sr) qui sert de référence dans ce cas.

Les mesures des rapports 87Rb/86Sr et 87Sr/86Sr réalisées sur différents minéraux cogénétiques de la roche que l’on souhaite dater permettent de tracer une droite dite isochrone de formule: 87Sr/86Sr = (eλt – 1) * 87Rb/86Sr + 87Sr0/86Sr et dont la pente est fonction du temps écoulé depuis la fermeture du système (âge de la roche) selon la formule: t = [ln (a + 1) ]/ λ

Le principe de la méthode 40K / 40Ar

Le potassium 40 est un isotope instable qui se désintègre:

λ = λAr + λCa = 5,543 . 10-10

Le couple potassium-argon est utilisé pour des roches magmatiques contenant des minéraux riches en K (silicates). De nombreux minéraux contiennent du potassium; ils incorporent donc au moment de leur formation une faible quantité de l’isotope radioactif 40K; cependant on ne connait pas la quantité initiale de 40K incorporée: 40Ko = inconnue. On ne peut donc pas utiliser directement la loi de décroissance radioactive !

L’argon est un gaz qui s’échappe du magma avant sa cristallisation. Ainsi les quantités initiales d’éléments fils sont considérées comme nulles: 40 Aro = 0 Lorsque le magma a terminé sa cristallisation, tout l’argon formé par désintégration du potassium 40 reste emprisonné dans les minéraux, il n y’ a plus d’échanges avec le milieu extérieur, le système est fermé.

A l’instant t, les quantités de 40K et 40Ar peuvent être mesurées dans la roche; le rapport 40Ar / 40K est donc connu. A t0, le rapport 40Ar0 / 40K0 = 0

Au cours du temps, à partir de la fermeture du système, le 40K se désintègre en 40Ar qui reste piégé dans la roche, la quantité de 40K diminue tandis que la quantité de 40Ar augmente. Le rapport 40Ar / 40K augmente donc au cours du temps.

L’âge de la roche peut être déterminé graphiquement ou par la formule suivante: t = (1/λ) * ln [1 + (40Ar / 40K) * (1 + (λCa / λAr))]

On multiplie par (1 + (λCa / λAr) pour tenir compte de la double désintégration de 40K

Le principe de la méthode U / Pb

La datation par la méthode U / Pb est une datation par concordia-discordia. Cette technique graphique permet de dater la fermeture du système (cristallisation roche magmatique) et de dater aussi la réouverture du système (métamorphisme).

L’Uranium 238 se désintègre en Plomb 206 avec une constante de désintégration λ238 : 238U -> 206Pb + énergie
L’Uranium 235 se désintègre en Plomb 207 : avec une constante de désintégration λ235: 235U -> 207Pb + énergie

Selon le même principe que la méthode Rb/Sr, on utilise un isotope stable (non radioactif) et non radiogénique: le 204Pb pour obtenir les équations des droites isochrones de chacun des deux couples d’isotopes que l’on peut simplifier de la manière suivante:

Pour chaque âge (par intervalle de 100 Ma), et pour chaque couple d’isotopes, on calcule avec les formules précédentes la valeur du rapport Pb/U.
On reporte les valeurs dans un graphique 206Pb/238U = f (207Pb / 235U) . On obtient une courbe appelée concordia : les âges donnés par les deux couples sont concordants. Si les mesures des rapports 206Pb / 238U et 207Pb / 235U effectuées sur les minéraux de la roche se situent sur la concordia, on détermine l’âge graphiquement en observant la position du minéral ayant les rapports les plus élevés sur la concordia:

La roche a ici 500 Ma

Si les mesures des rapports 206Pb / 238U et 207Pb / 235U effectuées sur les minéraux de la roche ne sont pas situées sur la concordia, on trace une droite de régression linéaire entre les différents minéraux de manière à afficher la discordia qui possède alors deux intercepts avec la concordia :

http://tristan.ferroir.fr/index.php/2020/07/25/la-datation-par-concordia-discordia/

Le cours détaillé

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